MOnnaies

La BNS pose les jalons du négoce suisse de renminbis

Un accord de swap de 150 milliards de yuans a été conclu avec Pékin. Aucune banque chinoise ne s’apprête toutefois à venir en Suisse, indique la Finma. C’est pourtant une étape impérative pour que la Suisse devienne un hub financier pour le yuan en Europe

La BNS pose les jalons du négoce suisse de renminbis

Monnaies Un accord de swapde 150 milliardsde yuans a été conclu avec Pékin

Aucune banque chinoise ne s’apprête à venir en Suisse,une étape pourtant impérative du projet de la place financière

De son séjour en Chine, Thomas Jordan ne rentrera pas les mains vides. Le président de la Banque nationale suisse (BNS) rapporte même un présent de grande valeur. Lundi, à Pékin, il a rencontré son homologue chinois, Zhou Xiaochuan, pour parapher un accord de swap en renminbis. Il permet aux deux banques centrales d’échanger des yuans et des francs pour un montant maximal de 150 milliards de yuans, soit quelque 21 milliards de francs. Le contrat court sur trois ans. Et peut être aisément prolongé.

Selon la BNS, cette signature «renforce encore la collaboration» entre deux banques centrales et deux pays qui viennent d’entrer dans l’ère du libre-échange bilatéral. «Ce texte constitue une condition préalable au développement d’un marché du yuan en Suisse», a ajouté Thomas Jordan, lors d’une conférence de presse dans la capitale chinoise.

Pour la Banque populaire de Chine (PBOC), cet accord n’est pas une première. Elle en a déjà signé avec la Banque d’Angleterre, la Bundesbank et la Banque centrale européenne. L’objectif est d’internationaliser peu à peu la devise et d’encourager les multinationales à l’inclure dans leur portefeuille d’actifs et de devises courantes. Le yuan est déjà devenu la 9e monnaie la plus échangée au monde (2,2% du total). Les volumes de transactions ont triplé entre 2010 et 2013, selon la BRI.

Cette possibilité, pour les banques suisses, de s’approvisionner en yuans à la BNS «offre un confort et une sécurité aux entreprises suisses», se félicite Sergio Rossi, professeur d’économie à l’Université de Fribourg. Selon l’Association suisse des banquiers (ASB), ce swap assure liquidités et moindres coûts aux banques qui sont demandeuses. Il permet aussi d’augmenter la confiance dans les transactions en yuans via des établissements suisses. Enfin, c’est un signal fort aux clients et aux prospects du secteur, ajoute-t-elle.

Mais la ressource dont dispose désormais la BNS ne servira que si les marchés financiers s’assèchent. «Ces yuans ne sont disponibles qu’en cas de pénurie, précise son porte-parole. C’est loin d’être le cas aujourd’hui. Cet accord existe en vue d’une augmentation des besoins de l’économie suisse.»

Le geste a tout de même été applaudi pour sa portée symbolique. Selon Hans-Peter Portmann, le conseiller national (PLR/ZH) et vice-président de l’Association des banques zurichoises, il est une première étape vers l’accession de Zurich au rang de hub financier pour le yuan. L’heure est aussi à la satisfaction, presque au soulagement, au sein de l’ASB, qui milite depuis des mois pour qu’un tel accord soit signé et pour que la place financière s’active pour être choisie par Pékin, le jour venu.

Rappelant d’abord que Londres et Francfort sont aussi candidats et qu’il «n’y aura pas qu’une seule plateforme d’échange de yuans en Europe, Thomas Jordan a aussi averti: ce swap «n’est pas une condition suffisante. Un tel marché ne pourra voir le jour que si une banque chinoise ayant accès au système bancaire chinois s’établit en Suisse afin d’assurer les procédures de compensations (clearing)». «C’est une question politique, non pas technique», précise le professeur Rossi. En d’autres termes, une banque suisse pourrait très bien assurer cette tâche. Mais aucun de nos interlocuteurs n’imagine réellement que Pékin décide de mandater une banque non chinoise.

Du coup, les regards se tournent vers la Finma, l’autorité chargée de délivrer les licences bancaires. La pression monte d’un cran, sur une entité à laquelle on reproche déjà d’être trop sévère avec les candidats étrangers. «La loi sera appliquée de la même manière pour toutes les demandes, y compris les chinoises», tranche son porte-parole. Ce dernier confirme aussi qu’aucune demande d’implantation chinoise n’est en cours d’évaluation.

L’incertitude qui plane sur la place financière est-elle en cause? En tout cas, le nombre de banques étrangères en Suisse a diminué, de 160 en 2009 à 121 aujourd’hui. Dans son rapport annuel 2013, la Finma rappelle que depuis 2010, 28 établissements ont «volontairement abandonné le marché en rendant leur licence». Et que la «tendance générale semble indiquer que les banques étrangères se replient de plus en plus sur leur marché domestique».

Le yuan est devenula 9e monnaie la plus échangée au monde. Les volumes ont triplé entre 2010 et 2013

Publicité