Taux négatifs

La BNS se dit rassurée par les nouvelles tendances immobilières

Fritz Zurbrügg, vice-président de la BNS, observe «une évolution rassurante des prix et du volume d’hypothèques». Mais la cheffe économiste d’UBS, Veronica Weisser, s’inquiète des marges des banques et de caisses de pension qui «seraient toutes en faillite si elles avaient d’autres normes comptables»

Fritz Zurbrügg, vice-président de la BNS, justifie les taux négatifs par le besoin de rétablir un écart de taux d’intérêt à court terme avec la zone euro lors du «Bloomberg Swiss Day», mercredi à Zurich. «C’est notre contribution à l’effort mené pour rendre le franc suisse moins attractif», explique-t-il. Le vice-président de la BNS, qui s’attend à une croissance économique de 1,5% en 2016, dit «défendre ainsi l’intérêt général de l’économie, même si la situation crée de réels défis pour les caisses de pension et les investisseurs».

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Marges étroites dans les banques

Pour les banques, la baisse des taux crée de nombreux problèmes de rentabilité. La marge d’intérêt est passée de 1,9% en 2007 à 1,3% actuellement, indique Fritz Zurbrügg. «Mais elle s’est stabilisée cette année et s’est récemment reprise». Conséquence des taux négatifs, les banques ont été plus actives dans les prêts hypothécaires. Le rapport des crédits hypothécaires au PIB est passé de 115% en 2008 à 145% aujourd’hui. La BNS a multiplié les avertissements à cet égard. Fritz Zurbrügg se dit toutefois «rassuré par l’évolution des prix et des volumes de crédits». Il ajoute que «le déséquilibre demeure élevé, mais il n’augmente plus».

Les marges obtenues sur les hypothèques souffrent toutefois de l’arrivée des caisses de pension et des assurances, avance Veronica Weisser, cheffe économiste d’UBS. Ce segment est l’un des rares segments sur lesquels les banques réalisent des profits, à côté de la gestion de fortune. Mais les assureurs et les caisses de pension s’y précipitent de plus en plus et réduisent les banques à un rôle d’intermédiaire. En outre les banques ne peuvent pas imposer les taux négatifs aux particuliers. Elles ne peuvent pas davantage enregistrer l’habituel profit obtenu lorsque les taux à long terme sont plus élevés que les taux courts.

«Le système financier n’est pas adapté aux taux négatifs», déclare Axel Weber, président du conseil d’administration d’UBS. Ce dernier reconnaît que cette mesure exceptionnelle peut être utilisée lors de circonstances exceptionnelles, mais elle ne doit pas l’être éternellement». Il ne s’attend pourtant pas à la fin prochaine des taux négatifs.

Le président d’UBS regrette en outre que les banques centrales soient «les seuls acteurs à agir. Les réformes structurelles n’arrivent qu’en en troisième position des priorités, derrière les politiques monétaires et budgétaires».

Un défi pour les caisses de pension

Non seulement les banques, mais aussi les caisses de pension, les assureurs et les investisseurs en souffrent, reconnaît la BNS. «Les caisses de pensions seraient toutes en faillite si elles utilisaient d’autres normes comptables», lance Veronica Weisser, chef économiste auprès d’UBS, lors d’une table ronde. Les instituts de prévoyance emploient effectivement des normes différentes des entreprises cotées et n’utilisent pas le taux du marché pour évaluer les rentes futures.

La BNS n’a pas d’autre choix, selon la grande majorité des participants à cette manifestation. «Je pense au contraire qu’elle a le choix, sinon on remplacerait ses experts par des algorithmes», observe Veronica Weisser. La solution des taux négatifs est, à son goût, «équitable et compréhensible».

La Suisse devra s’habituer à vivre encore longtemps avec des taux négatifs, si l’on en croit les experts présents. «La BNS ne pourra pas relever ses taux sans que la BCE le fasse pour la zone euro», estime Kjell Nyborg, professeur d’économie à l’Université de Zurich. Le niveau considérable de la dette publique dans la zone euro et la vulnérabilité des banques de certains pays empêcheront encore longtemps la BCE de passer à l’acte, à son avis. «Pourtant, les taux négatifs ne fonctionnent pas. Ils n’augmentent pas les investissements et la croissance économique», affirme Michael Grampp, chef économiste de Deloitte.


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