Un peu plus de deux semaines après l’abandon du taux plancher de 1,20 franc pour un euro, les agissements de la Banque nationale suisse (BNS) restent très surveillés. Ainsi, ce lundi, sa statistique hebdomadaire de l’état des dépôts à vue a fait réagir les experts de Credit Suisse.

Ce chiffre, qui inclut les montants que les banques commerciales détiennent auprès de la banque centrale, est considéré un indicateur fiable des achats de devises de la BNS. «Elle continue d’intervenir», affirme ainsi Maxime Botteron. L’économiste de la grande banque a constaté que ces dépôts à vue ont augmenté de 14,8 milliards de francs, la semaine dernière. Ce, après une première hausse de 26,2 milliards de francs, durant la semaine du 19 au 23 janvier.

«Comme nous l’écrivions dans une étude précédente, nous pensons que la BNS est entrée dans un régime de «plancher flottant», qui induit également des interventions sur les marchés de changes» pour affaiblir le franc suisse. Comme d’autres spécialistes, à l’image de Fabrizio Quirighetti, de la banque Syz & Co, Credit Suisse estime également que la BNS n’achète pas que des euros, mais aussi des dollars, «ainsi que des monnaies asiatiques», ajoute Maxime Botteron.

Ce lundi, l’euro «culmine» à plus de 1,0540 franc, après avoir chuté brièvement jusqu’à 0,86 franc, le 15 janvier, et après avoir passé plusieurs jours proche du seuil psychologique de 1 franc. Le dollar, lui, vaut 93 centimes. Il n’avait pas été aussi faible, depuis que le taux plancher a été supprimé.

La stabilité de l’euro face au franc, alors qu’il a encore baissé face au dollar, avait interpellé plus d’un observateur, ces derniers jours. Même lundi dernier, au lendemain de la victoire, certes attendue, du parti anti-austérité Syriza en Grèce, la monnaie unique est restée au-dessus de 1 franc. Cette prise de pouvoir remet pourtant en cause les futurs remboursements de la dette grecque, et jette un nouveau froid sur le climat en zone euro.

Ainsi, en Suisse, depuis ce dimanche, une rumeur persistante refait surface. La BNS a une stratégie alternative. Elle serait en train de viser une fourchette de 1,05 à 1,10 franc pour un euro. Des sources proches de l’institut monétaire l’ont confié à Schweiz am Sonntag. Une information que la BNS n’a pas voulu commenter.

Les statistiques publiées lundi matin «confirment que la BNS est dans le marché», a réagi Manuel Olivieri, un stratège du Crédit Agricole cité par l’agence Reuters. «Elle essaie de lisser les flux et la volatilité, ajoute-t-il. Nous constatons par ailleurs que nos clients restent à distance respectable de cette devise, à cause de cette volatilité.»