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Tout le monde se souvient surtout de la manière avec laquelle la BNS avait abandonné le taux plancher, en janvier 2015: brutalement, sans prévenir. Voire même, par la voix de son numéro deux Jean-Pierre Danthine (photo), en affirmant le contraire…
© Valentin Flauraud/Bloomberg

Analyse

La BNS est trop silencieuse

A défaut de commencer à normaliser sa politique monétaire, comme aux Etats-Unis et bientôt en zone euro, la Banque nationale suisse (BNS) pourrait au moins changer ses habitudes: prévenir et informer, plutôt que se contenter d’expliquer ses actions a posteriori

On l’avait laissée en paix. En 2017, les critiques et les pressions adressées à la Banque nationale suisse (BNS) et à sa politique monétaire se sont faits rares. En tout cas, beaucoup plus rares que par le passé.

Si ce n’est dans les comptes, dans les têtes, le choc de l’abandon du taux plancher, début 2015, a été digéré. Les taux négatifs, introduits à la même période, sont plus ou moins acceptés eux aussi. En bref, la stratégie de la BNS semble avoir convaincu une majorité. Surtout parce que l’an dernier, le franc a baissé de plus de 7% face à l’euro.

Sans aucun doute, l’année 2018 sera plus agitée pour la BNS. L’économie suisse s’est relevée sans trop de dommages de l’envolée du franc. Elle va bien et son produit intérieur brut (PIB) devrait progresser d’environ 2% cette année.

Si la Suisse va mieux, c’est parce que tout va mieux autour d’elle. Aux Etats-Unis, la normalisation de la politique monétaire est déjà bien engagée. Dans la zone euro, la Banque centrale européenne (BCE) va s’y mettre sous peu. Elle pourrait réduire son programme de rachats d’actifs dans les mois à venir. Une première hausse de taux pourrait même intervenir en fin d’année.

Le statu quo commence à déranger

La BNS, elle, ne change rien. Ses taux restent négatifs, à –0,75%, et la banque centrale continue d’intervenir au besoin sur le marché des changes. Jeudi 15 mars, elle a légèrement abaissé ses prévisions d’inflation. Pour ceux qui scrutent de près ces enjeux de politique monétaire, il restait donc à examiner les mots choisis par nos trois banquiers centraux. Là non plus, rien de bien nouveau.

C’est précisément ce statu quo qui commence à générer des réactions. Il est temps de revenir à la normale, considèrent certains économistes. «Ne serait-ce pas le moment pour la BNS de réduire son bilan?» interrogent par exemple ceux de J. Safra Sarasin.

A l’inverse, d’autres estiment que la BNS doit faire plus pour que le franc baisse. Pour l’Union syndicale suisse (USS), un taux de 1,25 franc pour un 1 euro serait plus «équitable». Car pour l’instant, le risque est que «de nombreuses entreprises investissent moins en Suisse qu’à l’étranger. Avec des effets négatifs sur l’emploi, aujourd’hui et demain», écrit le chef économiste de l’USS, Daniel Lampart.

Cette inertie et ce silence dérangent. Mais à en croire l’analyste d’UBS, Thomas Flury, cela ne veut pas dire que rien ne se trame. «La BNS, c’est la BNS. Contrairement à la BCE qui, à chaque réunion, avance un peu plus vers la fin de son QE (plan de rachats d'actifs), la BNS n’a pas pour habitude de prévenir les marchés.» Autrement dit, la surprise arrivera quand elle arrivera. Il faudra donc attendre pour s’en féliciter. Ou pour la regretter.

Le syndrome Jean-Pierre Danthine

Les précédents sont multiples. Mais tout le monde se souvient surtout de la manière avec laquelle la BNS avait abandonné le taux plancher, en janvier 2015: brutalement, sans prévenir. Voire même, par la voix de son numéro deux Jean-Pierre Danthine, en affirmant le contraire quelques jours avant. La BNS, estime donc l’expert d’UBS, va entretenir le suspense. Quoi de mieux pour alimenter les spéculations, les espoirs, les doutes et les suppliques?

Remontée de l’euro, stabilisation de l’inflation, croissance… Si l’on considère tous ces éléments, la BNS pourrait commencer à durcir sa politique monétaire, sans courir le risque que le franc s’apprécie à nouveau.

Quoique. La semaine dernière, son rapport de gestion indiquait qu’elle a quand même dû vendre 48,2 milliards de francs en 2017, pour lutter contre l’appréciation de la monnaie helvétique. C’est moins qu’en 2016 (67,1 milliards), mais c’est une somme suffisamment conséquente pour démontrer que la pression haussière n’a pas disparu.

La BNS pourrait donc par exemple commencer par relever ses taux d’intérêt, tout en gardant l’arme des ventes de francs pour atténuer les éventuelles réactions. La plupart des experts s’attendent à une première action en 2019.

Un sevrage difficile

Sur le papier, cette normalisation paraît logique, au vu de l’amélioration de la situation. Mais il est évident que la BNS ne peut pas se contenter d’utiliser ses outils purement techniques. Voilà maintenant presque douze ans qu’elle n’a pas remonté ses taux. Elle a en face d’elle des acteurs économiques et financiers qui se sont habitués à ces conditions de travail. Pour pouvoir les durcir sans créer de remous, la BNS devra rassurer, informer et, surtout, sevrer en douceur.

En langage de politique monétaire, on appelle cela la «forward guidance». La Fed est rompue à l’exercice. La BCE, comme d’autres banques centrales, s’y est mise il y a quelques années déjà. La BNS, elle, a toujours préféré expliquer ses actions a posteriori. C’est le moment ou jamais pour changer cette habitude.

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