La hausse de l’endettement des Suisses préoccupe la Banque nationale suisse (BNS). Jean-Pierre Danthine, membre du directoire de l’institution, l’avait déjà déclaré fin mars, lors du Forum de l’économie de La Côte, à Morges.

Mardi, lors d’une conférence au Centre international d’études monétaires et bancaires (CIMB) à l’IHEID à Genève, le numéro deux de l’institution a souligné que la part de la totalité des crédits dans le produit intérieur brut (PIB) a atteint un plus haut historique, passant de 150% à 170% en quelques années. En parallèle, les prix de l’immobilier sont 40 à 60% plus élevés qu’il y a douze ans, selon la BNS. «Le fait que ces deux développements se produisent simultanément met en place des conditions qui peuvent conduire à une instabilité financière», a prévenu le banquier central. Jusqu’où la hausse des crédits, dont une part importante vient des emprunts hypothécaires, peut-elle aller? s’est interrogée la BNS. «La part des crédits dans le PIB ne peut pas augmenter indéfiniment.» Faute de quoi «le service de la dette finirait par absorber l’intégralité du PIB».

Facteurs cycliques

Jean-Pierre Danthine a passé en revue les explications de la hausse du ratio entre le crédit et le PIB. Dans le cas de la Suisse, la hausse est davantage due à des éléments cycliques que structurels. Cela signifie que cette augmentation pourra être renversée lorsque les taux d’intérêt, actuellement très bas, recommenceront à augmenter.

Ces dernières années, la croissance du crédit a été de près de 4%, alors que celle du PIB nominal a été d’un peu plus de 1%, a ajouté Jean-Pierre Danthine. «Pour que le mouvement s’inverse, la croissance du crédit devrait être bien plus faible que la croissance du PIB. Un tel renversement peut-il se produire sans incident?» s’est interrogé le banquier central. «Les ratios entre le crédit et le PIB chutent généralement dans le sillage d’un krach sévère, avec un recul prononcé des prix de l’immobilier et une augmentation des taux de défaut», a-t-il prévenu. Ajoutant: «C’est exactement ce que nous avons l’intention d’éviter.» D’où la demande de la BNS d’activer le volant anticyclique pour renforcer la solidité des banques.