Un gérant d’actifs normal aurait vendu son or et des obligations et aurait acheté des actions. Mais la Banque nationale suisse (BNS), malgré ses 440 milliards à placer, n’en est pas un. Ses positions sont restées inchangées au 2e trimestre. En monnaies étrangères, les titres de dettes repré­sentent toujours 85% de son portefeuille, les actions 15%. Et son stock d’or pèse toujours 1040 tonnes.

Ainsi, six mois après avoir annoncé un bénéfice de presque 7 milliards de francs pour 2012, la BNS est largement dans le rouge. De plus de… 7 milliards au premier semestre, a-t-elle annoncé mardi. En cause? La dépréciation de l’or, surtout. Les inves­tisseurs en ont massivement vendu ces derniers mois. Le stock de la BNS a ainsi perdu quelque 25% de sa valeur en six mois. La facture s’élève à 13,2 milliards.

Le scénario est à peu près similaire pour ses obligations étrangères. Cette classe d’actifs vient aussi de subir les effets d’un important mouvement de ventes. La ­tendance s’est même accélérée au cours des semaines précédant le bouclement semestriel, alors que les marchés spéculaient sur un frein plus ou moins imminent à la politique monétaire ultra-accommodante de la Réserve fédérale américaine. Au final, la BNS signe une perte de 6,3 milliards de francs sur ces titres.

Ses actionnaires – cantons et Confédération – sont prévenus. La BNS le répète depuis longtemps: ses résultats «dépendent de l’évolution des marchés de l’or, des changes et des capitaux». «Les cours des actions et des obligations ont évolué différemment», disait-elle également hier. Autrement dit: son résultat porte des traces très visibles du retour des investisseurs sur les marchés boursiers.

Face à cette extrême volatilité, la BNS ne pourrait-elle pas se ­protéger et limiter les pertes? «Sa ­position en or est physique, en rapport avec son statut de banque centrale, elle n’a rien à voir avec une allocation stratégique de ses actifs», coupe d’emblée un observateur souhaitant conserver l’anonymat.

La BNS emploie bien quelques produits dérivés. Mais pas pour couvrir les risques de marché. Ils ne sont utilisés qu’à certaines conditions et avec un objectif précis. Ils doivent permettre d’avoir une gestion «plus souple et moins onéreuse», selon ses directives internes.

Autrement dit, elle y recourt surtout pour optimiser sa stratégie de placement. La BNS rappelle d’ailleurs que les risques de marché sont surtout réduits grâce à la diversification de ses actifs. «Si elle veut modifier son allocation, des contrats futurs ou des swaps peuvent l’aider à le faire plus rapidement qu’avec de simples achats et ventes», précise notre expert financier.

Et il y a aussi un côté positif à cette exposition aux humeurs financières. Le retour des investisseurs sur le marché actions lui a permis de dégager 5,3 milliards de gains sur ses «titres de participation». En outre, la hausse de l’euro (48% de son portefeuille) et du dollar (27%) face au franc suisse lui rapporte 2,3 milliards sur le semestre. Mais, là aussi, la situation pourrait vite s’inverser. «Faire du «hedging» sur des devises revient à revendre plus tard ce que l’on a acheté maintenant, ou inversement. Ce serait donc contre-productif pour la BNS, qui lutte sur le marché des changes…», poursuit notre interlocuteur.

Du côté des revenus plus stables, il est à noter que le produit des intérêts de ses obligations a atteint 3,4 milliards. Quant aux dividendes, ils se montent à 1 milliard.

Enfin, puisque les institutions de prévoyance de la BNS passeront l’an prochain de la primauté des prestations à la primauté des cotisations, une provision unique de 30 millions a été constituée pour financer en partie ce changement. Lequel sera surtout assuré par les réserves des caisses de pension concernées, précise la BNS.

La BNS n’emploie pas de produits dérivés pour se couvrir contre les risques de marché