La redistribution des bénéfices excédentaires de la Banque nationale suisse (BNS) a fait l'objet de nombreux débats ces dernières années. Ces querelles pourraient être bientôt oubliées si le premier trimestre donne le ton pour le reste de l'année 2008. Entre janvier et mars, la BNS a essuyé une perte de 3,97 milliards de francs, contre un bénéfice de 2,16 milliards un an plus tôt. Deux facteurs expliquent cette inversion de tendance.

La vigueur du franc pèse...

D'une part, la revalorisation du franc suisse face à plusieurs autres monnaies étrangères a entraîné des «moins-values substantielles» sur les actifs détenus par la BNS. Au total, la banque essuie au premier trimestre des pertes de change de 3,8 milliards de francs dans ses placements en monnaies étrangères, contre des gains de 0,27 milliard réalisés à la même période de l'an précédent. Un résultat qui s'explique en grande partie par le regain de vigueur du franc par rapport au dollar et à la livre sterling. Le billet vert a perdu 11,8% de sa valeur face à la monnaie helvétique entre fin décembre et fin mars. Ce recul atteint 12,5% pour la livre sterling et 5% pour l'euro.

Fin mars, le dollar représentait 28% des réserves de devises de la BNS, la livre sterling 10% et l'euro 47%. En tant qu'institut d'émission, la BNS gère des réserves de devises de 50 milliards de francs sur des actifs de 127 milliards à fin 2007.

... et l'or rapporte moins

L'or, deuxième catégorie d'actif la plus importante pour la BNS, représentait des réserves de 35 milliards à fin 2007. Les plus-values réalisées sur le stock d'or de la BNS ont récemment beaucoup contribué à la hausse du bénéfice de la banque, qui a atteint 5 milliards en 2006 et 8 milliards en 2007. En dépit d'un niveau record de l'once d'or de 933,50 dollars à fin mars, soit 11,6% de plus qu'à fin décembre, le métal précieux engendre cette fois des pertes de 490 millions à la BNS (plus-value de 1,35 milliard un an plus tôt), à cause de la dépréciation du dollar face au franc.

Au final, le premier trimestre se solde par une perte de 3,97 milliards de francs, cela avant même le prélèvement des provisions supplémentaires prévues par la loi. Conformément à la législation, la BNS doit en effet attribuer 1,007 milliard de francs pour maintenir ses réserves monétaires au niveau requis, soit 251,7 millions de janvier à mars. En ajoutant ce montant au résultat négatif de 3,97 milliards de francs, la réserve pour distributions futures de la BNS a diminué de 4,23 milliards de francs de janvier à mars.

Les cantons et la Confédération doivent-ils trembler pour autant? Dans l'immédiat, les pertes subies par la BNS n'auront pas impact sur la distribution des bénéfices de l'institut d'émission durant les cinq prochaines années. Le montant annuel, fixé à 2,5 milliards de francs, a été reconduit en mars dernier pour la période allant de 2008 à 2017. Cette somme est prélevée sur la réserve pour distributions futures de la BNS, qui totalisait encore 22,9 milliards de francs à fin 2007.