«L'année 2002 ne sera pas facile» annonce le président de la Banque nationale suisse (BNS), Jean-Pierre Roth. Mercredi, il s'exprimait à Genève sur l'invitation du Business Club belgo-luxembourgeois en Suisse. En présence de quelque 120 participants dont Carlo Lamprecht, président du gouvernement genevois, Michel Dérobert, secrétaire général de l'Association des banquiers suisses et de Gilbert Coutau, président de la Chambre de commerce et d'industrie de Genève, Jean-Pierre Roth a présenté les perspectives de la BNS pour l'économie suisse en 2002.

«La majorité des instituts de prévision, indique-t-il, table sur une reprise de la croissance au milieu de l'année 2002, et c'est l'hypothèse que nous retenons». Sur la base d'un tel scénario, la BNS attend un taux de croissance réel de l'économie helvétique de 1% en 2002, contre 1,5% cette année et les 3% records de l'année 2000. Le Credit Suisse First Boston se montre plus optimiste, prévoyant que le produit intérieur brut (PIB) réel sera de 1,3% en 2002.

L'institut d'émission constate en effet qu'il n'y a pas de signes d'une reprise rapide outre-Atlantique, malgré les baisses de taux de la Réserve fédérale et le plan de rétrocession fiscal du gouvernement. La reprise aux Etats-Unis a donc peu de chances d'intervenir avant le deuxième semestre 2002.

En adoptant le scénario pessimiste d'une récession prolongée aux Etats-Unis, qui s'étendrait au continent européen, la reprise serait retardée au-delà de la moitié de 2002. Dans un tel cas, la croissance du PIB suisse serait encore inférieure en 2002 (1% estimé). Mais la bonne nouvelle reste que la marge de manœuvre de la BNS pour baisser encore les taux est grande, même comparé à la Banque centrale européenne: «Cette année, la BNS a baissé ses taux de seulement 175 points de base, à peine 25 points de plus que la BCE, alors que notre taux d'inflation est nettement inférieur à celui de la zone euro. Notre politique n'a donc rien d'excessif, et nous laisse une plus grande marge d'action», relève Jean-Pierre Roth. L'institut suisse a abaissé pour la quatrième fois cette année la marge de fluctuation du Libor à trois mois de 50 points le 7 décembre, à 1,25-2,25%, en estimant que le risque se situe du côté de la récession.

Stabilité des prix

Pour 2002, Jean-Pierre Roth note des éléments réjouissants au niveau mondial: la baisse des prix de l'énergie et la relance monétaire marquée, qui plaident plutôt en faveur du scénario de reprise dès la moitié de 2002.

Autres éléments positifs, ayant trait cette fois-ci aux fondamentaux de l'économie suisse: les prix sont stables, et devraient le rester en 2002. L'inflation est très faible en raison de la baisse des prix des biens importés, de l'appréciation du franc suisse et des bas prix de l'énergie. La BNS prévoit ainsi un taux d'inflation de 1% l'année prochaine, un niveau très rassurant sachant que le 2% est la limite supérieure au-delà de laquelle la BNS considère que la stabilité des prix n'est plus assurée. Même hypothèse pour les deux à trois prochaines années: l'institut ne voit pas de risque d'accélération de l'inflation à moyen terme.

Jean-Pierre Roth conclut sur une note réaliste: «Au vu de l'extraordinaire corrélation des cycles économiques, on ne peut mettre l'économie suisse à l'abri des perturbations de l'économie globale. C'est une illusion de penser que la BNS peut, par la politique monétaire, agir contre les effets externes sur une économie aussi ouverte.»