Bonne nouvelle pour les exportateurs, mauvaise nouvelle pour les touristes suisses à l'étranger et les frontaliers: le franc n'est jamais tombé aussi bas contre l'euro. Jeudi, il s'est échangé jusqu'à 1,592 franc par euro, après la décision de la Banque nationale suisse (BNS) de relever son taux directeur de 1,5% à 1,75%. Le précédent plancher du franc avait été de 1,584 en février 2004.

Le tour de vis de la politique monétaire de la BNS, conforme aux attentes, était accompagné d'un commentaire où l'institut d'émission fait état d'un recul des pressions inflationnistes en Suisse. Son anticipation pour la hausse des prix en 2007 a été abaissée de 1,2% à 1,1%, un niveau qualifié de «bas». Pour 2008, sa prévision passe de 1,9% à 1,6%. La BNS observe une «amélioration des perspectives d'inflation pour les années 2008 et 2009».

Malgré le maintien de la hausse des prix nettement au-dessous de son seuil de tolérance (aux alentours de 2%), la BNS indique qu'«elle adaptera encore graduellement le cap de sa politique monétaire si l'économie continue à évoluer conformément à son attente». Autrement dit, un nouveau relèvement du taux directeur est envisageable lors de la prochaine réunion du 14 décembre ou courant 2007.

Baisse de régime en 2007

Toutefois, les marchés commencent à voir la fin du cycle de relèvement des taux d'intérêt entamé en juin 2004. Le taux directeur était alors seulement de 0,25%. «Le relèvement du taux directeur à 2% en fin d'année pourrait être le dernier», déclare Jan Poser, économiste en chef de la banque Sarasin à Zurich. Une vue déjà accréditée par le marché obligataire: après une année de hausse quasi ininterrompue, le rendement des emprunts de la Confédération à deux ans reste depuis deux mois sur un plateau de 2%. Ce rendement traduit les anticipations de taux pour 2009.

L'idée que le taux directeur pourrait bientôt culminer en Suisse alors que la Banque centrale européenne (BCE) continue de relever le sien est à l'origine de la chute du franc face à la monnaie unique. Le franc est, avec le yen japonais, la grande devise qui rémunère le moins bien l'épargne.

«L'écart des taux d'intérêt entre l'Europe et la Suisse ne va pas beaucoup se creuser, car la BCE arrive elle aussi au bout de ses tours de vis monétaires», tempère Jan Poser. Il prévoit une remontée de la devise helvétique à 1,55 contre l'euro d'ici à la fin de l'année.

Au contraire de la BCE, la BNS a mentionné pour la première fois la baisse de régime qui se profile pour 2007. Tout en relevant de 2,5% à «un peu moins de 3%» sa prévision de croissance de l'économie suisse en 2006, la BNS note que le ralentissement aux Etats-Unis est plus marqué qu'attendu. Par ailleurs, la hausse des taux d'intérêt en Suisse est en train de réduire au-dessous de 5% la croissance du marché hypothécaire. La BNS remarque aussi un «affaiblissement» dans le secteur de la construction.

Néanmoins, les perspectives pour 2007 restent «bonnes» pour l'économie suisse, d'après la BNS. L'année prochaine, la croissance ne devrait être qu'«un peu inférieure à celle de 2006» et encore supérieure au rythme que l'économie peut soutenir sans générer d'inflation.