Le projet a pour nom «TEAM»: acronyme de «Tous Ensemble A Mex» et référence à l’esprit d’équipe. Pour Bobst, le regroupement dans cette commune des environs de Lausanne des activités de production dans la région constitue plus qu’un déménagement. Alors que le groupe a annoncé mardi une perte de 160,7 millions de francs pour l’exercice 2009, contre un bénéfice de 55,9 millions une année plus tôt, ce projet sera aussi l’occasion de moderniser sa production.

Les ventes, publiées précédemment, ont chuté de 35% à 1,055 milliard et les résultats sont «mauvais», a dit le directeur du fabricant de machines d’emballages Jean-Pascal Bobst devant la presse et les analystes réunis à Mex. L’année 2009 exceptionnellement difficile a fait reculer le chiffre d’affaires au niveau de 1994, a précisé le directeur des finances Christian Budry.

Des mesures ont déjà été annoncées pour économiser 100 millions de francs par an à partir de 2011. 630 postes ont été supprimés dans le monde, 450 effectifs à fin 2009 et 230 au début de cette année, ramenant les effectifs à 5258 personnes La Suisse a été fortement touchée, avec la disparition de quelque 300 postes, à 2195. Mais la société veut aussi investir et augmenter sa production pour pouvoir profiter de la reprise quand celle-ci s’affirmera.

Augmenter la productivité

Production optimisée et, à terme, en flux tendu: en supprimant les tâches inutiles, le groupe veut par exemple augmenter la productivité par employé de 20%, réduire ses stocks intermédiaires de 50%, améliorer la qualité et respecter à 100% ses délais de livraison. C’est le but d’un projet connexe à TEAM, appelé Phoenix. Trois projets pilotes ont été lancés début mars à Mex. Leurs résultats sont attendus début mai. Ensuite, la démarche sera étendue à dans le site et ailleurs.

Les quelque 4000 fournisseurs sont également concernés, a expliqué la responsable des achats de la production et de la logistique Pierre-Yves Müller. Bobst ne conservera de contacts directs qu’avec moins de 200 d’entre eux, qui seront fournisseurs de premier rang et qui travailleront avec les autres. Si le groupe va chercher au-delà des frontières des composants électriques et électroniques, les sous-traitants actifs dans l’usinage de pièces, environ un millier selon Pierre Yves Müller sont souvent situés dans la région ou dans un rayon de 200 à 300 kilomètres.

Pas d’aide de l’Etat

Entre le déménagement des activités de production de production encore situées à Prilly, le site historique de Bobst à côté de Lausanne, la construction de nouveaux bâtiments à Mex et l’achat de nouvelles machines, la société compte investir 180 millions de francs, un montant plus élevé que prévu initialement dont il faudra déduire le produit de la vente du site de Prilly, a précisé Christian Budry. Les aides de l’Etat sont réduites au minimum: une participation à la construction d’un rond-point et peut-être – le groupe en fera la demande – le droit de reporter des réserves latentes sur les biens fonciers de Prilly sur le nouveau site, ce qui limitera l’impact fiscal de la vente.

«Nous investissons ici. Nous croyons à la compétitivité de la place industrielle suisse», a souligné Jean-Pascal Bobst. Le projet devrait avoir un impact positif sur le cash flow dès 2013, a-t-il indiqué. Car Bobst doit réduire ses coûts. Si le seuil de rentabilité a été abaissé pour cette année à 1,3 milliard de francs, les effectifs sont encore un peu trop élevés, a relevé le directeur des finances. La concurrence est féroce, poussant certains concurrents à vendre à perte. Et les marges sont sous pression. Et le franc fort ne simplifie pas la situation.

Reprise de la demande

Cependant, celle-ci n’est plus aussi sérieuse qu’à début 2009. La demande reprend et la réserve de travail est supérieure de 20% à ce qu’elle était il y a un an. Pour 2010, Bobst maintient sa prévision de chiffre d’affaires de 1,25 milliard, soit une hausse de 18% par rapport à l’an dernier. Les sites des environs de Lausanne sont déjà bien chargés et 30 intérimaires ont dû être engagés, a relevé Jean-Pascal Bobst. Mais celui-ci craint une demande en dents de scie.

Si les clients de Bobst ont drastiquement réduit leurs investissements l’an dernier, et même économisé sur les services et les pièces détachées, ils sont en bonne santé financière, a ajouté le directeur. En outre, le groupe veut améliorer sa présence dans le milieu de gamme. Si la demande reste molle dans les marchés traditionnels de Bobst, les économies développées, elle est plus marquée dans des pays émergents comme la Chine et l’Inde. Le groupe en profite, mais pas pleinement: la demande dans ces régions allant souvent vers des machines bon marché.