Il fallait que Boeing tente quelque chose pour contrer son concurrent européen Airbus. Celui-ci a récemment annoncé la construction d'un avion géant, l'A380, capable de transporter plus de 800 passagers en version charter. L'américain préfère ne pas se lancer dans la bataille des gros porteurs – il gèle son projet de 747x – mais annonce le lancement d'un nouvel avion, qui pourra voler à une vitesse proche de celle du son (plus de 1100 km/h). Il devrait faire la traversée de l'Atlantique avec moins de 300 passagers et gagner entre une heure et demie et deux heures sur la totalité du parcours. Il pourra aussi atterrir partout où se posent les gros porteurs actuellement, ce qui ne sera pas le cas de l'A380, qui exigera des infrastructures aéroportuaires à la hauteur de ses dimensions (80 mètres d'envergure – du bout des ailes à l'autre –, 73 mètres de long et un poids de 600 tonnes environ). Selon les analystes, «c'est la décision la plus sensée que Boeing pouvait prendre: se concentrer sur un autre projet».

Marché potentiel

Les spécifications techniques du nouveau Boeing ne devraient être révélées que bien plus tard. Sa commercialisation n'étant prévue qu'aux alentours de 2007-2008, le secret de fabrication devrait être bien gardé, pour des raisons de concurrence. Son prix final sera fixé en fonction des coûts de développement et de production. Pour sa forme, Boeing ne donne pas d'autres pistes que celle qu'il pourrait avoir une aile double delta, comme certains avions de chasse. C'est en discutant avec ses clients, les compagnies aériennes de son projet de 747x, que Boeing a pressenti qu'il existait un marché pour un avion à vitesse ultrarapide, que seul le Concorde est actuellement capable d'atteindre. Alan Mulally, le patron de la division commerciale de Boeing, a résumé, jeudi, la philosophie qui sous-tend la construction de ce nouvel avion. «La possibilité de voler à des vitesses de plus de 1100 km/h et plus vite sur de grandes distances permettra aux passagers de se rendre où ils veulent aller, directement à leur destination, en évitant les congestions des aéroports et sans les délais inhérents aux changements d'avion et aux escales.» Le public cible, qui montera en priorité à bord, devrait être les hommes d'affaires prêts à gagner du temps lors de leurs déplacements et à sans doute en payer le prix. Ce nouvel avion pourra atteindre le mur du son et des altitudes de 45 000 pieds, soit 15 000 mètres, qui lui éviteront les couloirs aériens traditionnels. «Cela ne les empêchera pas de payer des redevances de route aux Etats concernés», assure Marc Baumgartner, vice-président de l'Ifatca. Autres contraintes techniques auxquelles Boeing devra faire face sont celles des rayonnements cosmiques plus importants à cette altitude, ou la consommation de kérosène. «Aujourd'hui, l'avancement technologique permettra de résoudre ces deux problèmes, estime un expert. En tout cas, les compagnies aériennes sont très à cheval sur la consommation de kérosène. Le nouveau Boeing, même s'il va vite, ne devra pas consommer trop de carburant.»

Emplacement du nouveau siège à l'étude

On ne sait pas sur quel site l'avion sera construit. Boeing a annoncé récemment qu'il allait quitter son siège actuel de Seattle dans l'Etat de Washington. Le constructeur est en train d'étudier un nouvel emplacement, soit à Denver (Colorado), soit à Dallas/Fort Worth (Texas), soit à Chicago (Illinois).