La chute du transport aérien depuis le début de la pandémie est venue s'ajouter aux déboires de l'avionneur Boeing, qui prévoit de réduire encore ses cadences de production, de licencier plus de personnel. Le groupe a aussi annoncé arrêter la production du mythique Jumbo Jet 747 en 2022.

Le groupe américain était déjà englué dans la crise du 737 MAX, son avion-vedette interdit de vol depuis mars 2019 après deux accidents mortels, quand le Covid-19 a fait plonger les ventes de billets d'avion et temporairement cesser la production dans les usines. Résultat: Boeing n'a livré que 20 appareils au deuxième trimestre.

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Chute de 25% du chiffre d'affaires

Son chiffre d'affaires a chuté de 25% sur la période à 11,81 milliards de dollars. Et le groupe a perdu au total 2,4 milliards de dollars. L'avionneur avait prévenu au printemps que, pour s'adapter au nouveau paysage aérien, ses cadences allaient ralentir.

Il prévoit désormais de freiner encore plus les chaînes d'assemblage.

Les compagnies, acculées par la chute de leurs revenus, «prennent des décisions difficiles comme l'immobilisation des appareils au sol, le report de commandes, le report de livraisons, le ralentissement ou la suspension de paiements», a justifié le patron de Boeing David Calhoun lors d'une conférence téléphonique.

Encore des coupes dans les effectifs

L'avionneur, qui avait déjà prévu fin avril la suppression de 10% de ses postes, soit 16 000 emplois, a prévenu qu'il allait devoir «encore revoir la taille de ses effectifs». «Ce sont des nouvelles difficiles, et je sais que cela ajoute de l'incertitude pendant une période déjà difficile», a souligné David Calhoun dans une lettre au personnel sans donner de précision sur le nombre de personnes potentiellement concernées. «Nous allons essayer de limiter autant que possible l'impact sur nos employés», a-t-il ajouté.

Il a reconnu sur CNBC que la situation à court terme était «devenue plus difficile».

Trois ans difficiles

Comme les compagnies aériennes, l'avionneur ne s'attendait pas forcément à une «résurgence du virus» aux Etats-Unis, et «les programmes de vol ne vont probablement pas revenir à la normale aussi rapidement que prévu», a-t-il estimé. Mais à long terme, le groupe espère toujours que la situation se rétablira d'ici trois ans.

Il est ainsi un peu plus optimiste que l'Association internationale du transport aérien (Iata), qui a estimé mardi que le trafic aérien mondial ne retrouverait pas son niveau d'avant-crise avant 2024.


Le 747, un moment d'histoire de l'aviation

Le Boeing 747, dont la production va s'arrêter en 2022, est un avion mythique qui a révolutionné le voyage aérien et le tourisme. Mais le temps du Jumbo Jet, quadriréacteur gourmand en kérosène, était compté face à la concurrence de biréacteurs modernes.

Né en 1969, en même temps que le Concorde, le 747 est un succès commercial sans précédent: au total 1571 exemplaires ont été commandés depuis l'origine, dont 1556 ont été livrés.

Il a surtout permis à des centaines de millions de voyageurs de découvrir le monde à des tarifs abordables grâce à l'essor des vols «charters», configurés en sièges tout économiques, transportant plusieurs centaines de passagers à la fois vers des destinations de vacances.

Pendant 35 ans, le 747 a officié dans le monde sans partage, jusqu'à l'arrivée, en 2005, du Super Jumbo A380 du grand rival européen Airbus – lui-même abandonné.

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Une idée lancée lors d'une partie de pêche

Le 747 doit sa naissance à Juan Trippe, patron visionnaire de la compagnie Pan Am, aujourd'hui disparue, qui dès le début des années 60 est persuadé que le transport aérien, et en particulier les liaisons transocéaniques, vont exploser.

L'histoire raconte que c'est lors d'une partie de pêche en Alaska qu'il arrive à convaincre son ami et patron de Boeing à l'époque, Bill Allen, de lui construire un avion deux fois plus gros que le 707. «Si tu as le culot de le construire, je te l'achète!», lui aurait-il lancé en forme de défi.

Une célèbre bosse

Quelques années plus tard, le 747, surnommé aussi «reine des ciels», prend son envol. Reconnaissable entre tous par sa «bosse» à l'avant du fuselage, il peut transporter plus de 600 passagers, selon les versions.

Il dispose d'un double-pont – le pont supérieur servant de première classe – et de quatre réacteurs: son point faible, à l'heure de la protection de l'environnement et de la réduction des coûts. «Etant donné la dynamique actuelle du marché et des perspectives, nous arrêterons la production de l'emblématique 747 en 2022», a annoncé David Calhoun.

Des avions plus performants, à deux réacteurs

Sans parler de la récente concurrence de l'A350 de l'Européen Airbus, le Jumbo Jet était cannibalisé au sein même de la flotte de Boeing par le 777-300ER (à rayon d'action étendu) et le 777X, des avions beaucoup plus efficaces. Aux Etats-Unis, plus aucune compagnie ne l'avait d'ailleurs dans sa flotte depuis fin 2017.

Comme son concurrent l'A380 – dont la production s'arrêtera donc en 2021 – il a été tour à tour victime de la crise financière de 2008 avant que les compagnies ne se tournent vers le 787 ou l'A350.

Moins gourmands en kérosène, ces biréacteurs modernes peuvent aussi voler de plus en plus loin, grâce à une nouvelle génération de moteurs, rendant de moins en moins pertinent l'usage des quadriréacteurs qui nécessitent aussi deux fois plus de maintenance.