L'Organisation mondiale du commerce (OMC) a rendu lundi son verdict: les sanctions commerciales que les Etats-Unis entendent imposer à l'Union européenne (UE) en rétorsion à son embargo contre le bœuf aux hormones américain ne pourront dépasser les 116,8 millions de dollars (180 millions de francs). C'est près de la moitié des 202 millions de dollars que Washington exigeait en compensation du manque à gagner de ses producteurs, suite à la condamnation en mai dernier par l'OMC de l'embargo européen, en place depuis dix ans. Egalement plaintif, le Canada s'est vu attribuer une autorisation d'appliquer des sanctions à hauteur de 11,3 millions de dollars canadiens (12 millions de francs), nettement moins que les 75 millions de dollars canadiens exigés à l'origine par Ottawa.

Le verdict de l'OMC est une victoire pour les Européens, qui ont toujours estimé que les prétentions de dédommagement nord-américaines étaient trop élevées. Bruxelles, estimant que le tort encouru par les éleveurs n'excédait pas 54 millions de dollars, avait déposé un recours devant un panel de l'OMC, qui vient de rendre son verdict.

Les sanctions, qui pourraient intervenir dès la semaine prochaine, prendront la forme d'une hausse de 100% des droits de douane de plusieurs produits européens, tels que des tomates hollandaises, des fromages français ou des chocolats belges. Ces produits verront ainsi leur prix doubler outre-Atlantique. L'Union européenne est dans l'illégalité depuis le 13 mai dernier, date limite fixée par l'OMC pour la levée de son embargo. Bruxelles a maintenu l'interdiction d'importer du bœuf américain traité aux hormones de croissance (qui constitue 95% des exportations US) pour des raisons sanitaires. Les résultats préliminaires d'études scientifiques menées par l'UE ont révélé les propriétés cancérigènes de certaines hormones. Les preuves n'étant pas établies formellement, l'OMC a passé outre et donné raison à Washington et Ottawa, qui voient dans ce blocus une manœuvre protectionniste. Malgré la décision de l'OMC, les Etats-Unis ont déclaré lundi soir qu'ils étaient prêts à négocier avec les Européens un règlement du différend.

C'est la deuxième fois que Bruxelles se voit infliger des sanctions par les Etats-Unis, avec l'aval du gendarme du commerce international. L'UE est déjà sous le coup d'une «amende» de 191 millions de dollars par année pour son favoritisme commercial envers des pays producteurs de bananes issu d'anciennes colonies européennes.