Leader mondial de l’industrie du transport confronté à de sérieuses difficultés financières, le groupe canadien Bombardier cherche à se positionner sur le marché de la sécurité sanitaire. Son antenne européenne a présenté mercredi le résultat des réflexions de sa division recherche et développement. Cette unité basée à Oerlikon, dans la banlieue zurichoise, travaille sur deux axes: la mobilité écologique et l’encadrement sanitaire des trains.

Elle se dit en mesure de proposer à ses clients – parmi lesquels les CFF, mais aussi plusieurs compagnies de transports publics urbains pour qui elle a construit des tramways – des solutions techniques innovantes permettant de freiner la propagation du virus. «Les transports publics en Suisse ont été très touchés par la pandémie. Leur fréquentation a chuté jusqu’à 70%. Pour regagner la confiance des usagers, il faut éloigner le virus des trains», argumente le directeur pour la Suisse, Stéphane Wettstein.

Nouveau système de filtres

Bombardier a mis au point un nouveau système de filtres d’aspiration en mousse double couche qui capture les substances infectées, comme les poussières et les aérosols, et détruit les virus. Cette technologie a déjà été installée sur des véhicules à Londres et en Allemagne. «En Suisse, nous sommes en discussion avec plusieurs clients, qui se montrent très intéressés», précise Stéphane Wettstein.

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D’autres solutions permettent de réduire les contacts entre les passagers et de ralentir la diffusion des substances virales. Des parois en plexiglas ont été montées sur certains véhicules des transports publics de Toronto, au Canada. Pour le marché britannique, Bombardier construit des voitures de type Aventra, qui se caractérisent par la réduction des zones debout, la division des places assises en compartiments séparés par des plexiglas, l’ouverture automatique des portes à l’aide de senseurs, par exemple. Des revêtements anti-microbes peuvent aussi être posés sur les planchers et les sièges.

Sens uniques à bord des trains

Autre solution possible: diriger les flux de passagers afin d’éviter les croisements. Il est possible d’aménager les quais des gares afin que les entrées et les sorties des wagons soient séparées. Le pilotage peut se faire à l’aide d’applications installées sur les téléphones portables.

Il est aussi envisageable de créer des sens uniques de déplacement dans les rames à deux étages. «Il faut bien accepter le fait que la pandémie durera plus longtemps que prévu et que des solutions durables seront nécessaires», plaide Stéphane Wettstein, qui refuse cependant de s’exprimer sur les coûts de telles installations, «car ils varient sensiblement selon le type de véhicule». Mais ce marché s’annonce intéressant pour les constructeurs.

De leur côté, les CFF réagissent en rappelant que «les transports publics ont uni leurs forces et développé un concept de protection uniforme en étroite collaboration avec l'OFT et l'OFSP. Ce concept de protection a fait ses preuves.». Ils ajoutent que «les mesures de protection des passagers sont constamment examinées par les entreprises de transports publics», mais ne se prononcent pas sur les améliorations proposées par Bombardier, qui est l'un de leurs principaux fournisseurs de matériel roulant.

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