Emploi

Bombardier licencie 650 travailleurs en Suisse

Le constructeur d’avions et de trains Bombardier a annoncé la suppression de 550 postes de travail sur le site de Villeneuve et d’une centaine à Zurich. Le conseiller d’Etat vaudois Philippe Leuba est consterné par ces restructurations «considérables»

Le constructeur d’avions et de trains Bombardier est en grande difficulté depuis plusieurs années. Jeudi, l’entreprise dont le siège est basé à Montréal a annoncé de nouvelles restructurations touchant cette fois la Suisse: elle y supprime la moitié de ses places de travail, soit 650 sur 1300.

Les travailleurs temporaires prioritairement touchés

La répartition des sacrifices est avancée par le syndicat des employés du tertiaire Employés Suisse. D’ici à 2018, 98 postes seront fermés à Zurich, le reste à Villeneuve, soit 550. Si ces chiffres se confirment, une partie du montage des trains devra être transférée dans une autre filiale en Europe. Les travailleurs temporaires sont prioritairement touchés, avec quelque 500 places en moins. Sur le site vaudois, 400 des 700 collaborateurs sont actuellement au bénéfice d’un contrat temporaire.

Pourtant Bombardier avait bénéficié d’une aide de 1,7 milliard de dollars canadiens de fonds publics (1,21 milliard de francs suisses), et avait déjà supprimé près de 15 000 postes depuis 2013. Mais l’entreprise a réalisé une perte nette de près de 1 milliard de dollars en 2016.

Les sites suisses seront maintenus

En octobre dernier, Bombardier Transport, la division qui fabrique les trains, a annoncé qu’il entamait une réorganisation stratégique pour renforcer sa position «dans un marché de plus en plus difficile». Le groupe a supprimé 7500 emplois à l’échelon international, mais n’était pas encore en mesure d’évaluer l’impact sur ses sites suisses de Zurich et Villeneuve. Quoi qu’il en soit, les deux sites seront maintenus. Mais on connaît désormais le nombre de postes qui y seront progressivement biffés d’ici à l’année prochaine.

Selon le communiqué diffusé jeudi après-midi, l’entreprise concentrera ses efforts sur l’administration plutôt que sur les secteurs de production. Elle dit aussi vouloir optimiser ses structures, accroître sa productivité et diminuer les coûts. La direction dit «regretter tout particulièrement» ces mesures et affirme sa volonté de chercher avec le personnel des solutions qui permettront le plus possible d’éviter des licenciements.

La production des trains à deux étages n’est pas touchée

Contacté par Le Temps, Andreas Bonifazi, porte-parole de Bombardier Suisse, attend la conclusion des négociations pour se prononcer sur les détails. «Mais ce que je peux dire, c’est que nous pouvons réaliser cette opération sans que les grands projets, comme la production des trains à deux étages commandés par les CFF, soient touchés. Nous avons déjà construit 210 caisses de voiture, 135 sont achevées et 125 ont déjà été testées.»

Concernant la Suisse romande, les dirigeants de Bombardier confirmaient en 2013 encore leur volonté d’investir 20 millions de francs dans le site de Villeneuve. Le Conseil d’Etat vaudois y prédisait un grand avenir de «place ferroviaire romande». Car, en 2010, Bombardier avait remporté, sur Stadler et Siemens, le «contrat du siècle»: 59 trains CFF à deux étages à construire, pour près de 2 milliards de francs et 17 ans de travail. Aujourd’hui, le conseiller d’Etat chargé de l’Economie, Philippe Leuba, est remonté. Il avait œuvré avec sa collègue Nuria Gorrite pour constituer les contrats garantissant au site de Villeneuve du travail jusqu’en 2025.

Philippe Leuba parle de choc

«650 postes de moins en Suisse, c’est un choc compte tenu de l’ampleur!» s’exclame Philippe Leuba avec émotion. «Je suis consterné, mais ce n’est pas ça qui va aider ceux qui perdent leur emploi. J’ai demandé une rencontre avec la direction de Bombardier, qui va avoir lieu tout prochainement. Le site en tant que tel n’est pas menacé. Pour l’instant, je ne sais pas si des mesures peuvent être prises, ni si je vais travailler avec mon homologue zurichois pour limiter la casse. Pour Novartis, ça avait été des mois de travail, les négociations prennent du temps et je ne suis au courant de ces mesures de restructuration que depuis mercredi soir. J’en ai informé le Conseil d’Etat jeudi matin.»

Le syndicat Unia avance le nombre de trente postes fixes touchés à Villeneuve en sus des postes temporaires. Les négociations syndicales démarrent immédiatement. La période de consultation du personnel s’ouvre vendredi. Puis Unia rencontrera rapidement les représentants des employés afin de définir une stratégie dans le but de maintenir le plus grand nombre de postes de travail possible chez Bombardier.

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