BANQUE

Bonhôte & Cie, ou le sens de l'artisanat bancaire haut de gamme

Avec une masse sous gestion de un milliard et un résultat brut en hausse de 21%, l'établissement affiche pour la première fois ses couleurs

A l'angle de la rue du Bassin et du quai Esterwald, à Neuchâtel, il y avait un port. Aujourd'hui, c'est une promenade accablée de soleil. Mais Jean Berthoud (38 ans et un MBA de Columbia University), Jean-Paul Jeckelmann (38 ans et analyste CFA) et Jacques Barnaud (40 ans et diplômé Sciences Po) n'ont pas le temps de rêver au passé. Même si la demeure de maître dans laquelle ils viennent d'emménager leur Banque Bonhôte & Cie suinte l'histoire par tous les pores de ses pierres d'Hauterive, c'est plutôt de finances et de performances qu'ils y entretiennent leur millier de clients.

Suisses, étrangers et institutionnels, ceux-ci leur ont confié un bon milliard de francs d'actifs à gérer. Tendance? Fortement à la hausse: la masse a été multipliée par quatre en dix ans et croît, depuis deux exercices, au rythme de 30% l'an. Spécialisés dans la gestion de fortune très personnalisée et sans aucune velléité de se lancer dans une quelconque industrialisation de leur métier, les responsables de cette banque sont fiers de son caractère particulier. C'est la dernière des douze banques de gestion qui faisaient la réputation de Neuchâtel dans les années 20. Et, comme le répète avec délectation le jeune banquier Jean Berthoud, «Notre objectif déclaré est d'y maintenir la seule banque de gestion privée qui reste»…

Sans transiger cependant sur la notion de rentabilité. Avec des fonds propres légèrement supérieurs à 8 millions de francs pour un total du bilan de 50,3 millions, cette banque occupe 18 personnes dont six gestionnaires de fonds. Elle a dégagé en 1998 un résultat brut de 2,29 millions qui représente une rentabilité brute par employé d'environ 127 000 francs. Le rendement net des fonds propres s'établit à 13,1% à la fin d'un exercice 1998 que Jean Berthoud qualifie d'excellent. Contrôlée par le trio de jeunes dirigeants, la Banque Bonhôte & Cie a aussi intégré dans son conseil d'administration quelques belles pointures locales et romandes qui lui «apportent un

regard intéressant sur son environnement». On y retrouve ainsi l'ancien parlementaire radical Yann Richter, l'ancien directeur de la BNS Jean Zwahlen, par ailleurs administrateur de Paribas et de l'UBP, ou encore Erwin Meyer, un des meilleurs connaisseurs du crédit aux entreprises de Suisse romande.

Responsabilité locale

Cette composition trahit aussi le fait que les responsables de cette banque vieille de 184 ans veulent écouter leur milieu économique. A la demande de ses clients mais aussi parce que ses dirigeants ont un certain sens de leurs responsabilités locales, la Banque Bonhôte & Cie s'est investie dans un rôle de plaque tournante dans le domaine du capital développement. «Notre vocation reste la gestion de fortune, assure Jean Berthoud, mais nous voulons aussi pouvoir signaler des opportunités d'investissement aux investisseurs qui nous le demandent.» Ces investisseurs n'ont d'ailleurs pas à se plaindre des résultats de la gestion de la banque.

«Depuis le début de la décennie, la performance moyenne des dossiers équilibrés confiés avec mandat de gestion à la banque s'établit à 10,8%», explique Jean-Paul Jeckelmann, chargé de déterminer la stratégie de placement de l'établissement. Depuis le début de cette année, la performance de ce genre de dossiers est de 8,2%. Un résultat obtenu avec une allocation des actifs qui panache les actions (45%), saupoudre le portefeuille de quelques instruments plus agressifs (15%) et investit le solde en obligations ou en liquidités. Seul membre romand de la bourse électronique hors de Genève et Lausanne, la Banque Bonhôte & Cie ne cherche en fin de compte pas le sensationnel. Mais, comme le dit le communiqué de presse publié à l'occasion de sa première présentation officielle aux médias, «elle n'est pas celle que vous croyez»…

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