Plus 1,7%. En décembre, défiant les analystes qui prédisent l'éclatement de sa bulle, le marché de l'immobilier britannique a poursuivi son inexorable hausse, portant l'expansion annuelle entre 25% et 30%, selon les estimations. Mais, cette fois, le chiffre est trompeur: la moyenne cache des baisses marquées des prix dans plusieurs endroits clés, en particulier à Londres. Et d'autres indicateurs économiques sont venus ajouter à la grisaille de ce début d'année 2003. Pour la première fois depuis dix ans, les ventes au détail d'avant Noël ont subi un fléchissement, un signal inquiétant lorsqu'on sait que la consommation des ménages est de loin le principal moteur de l'économie britannique. De plus, tant la production industrielle (pour la première fois depuis juillet) que la construction se sont contractées, et le secteur financier britannique a subi au quatrième trimestre 2002 la plus forte chute de son activité en volume depuis 1992, selon une étude conjointe de la Confédération de l'industrie britannique (CBI) et du groupe d'audit PricewaterhouseCoopers. La bonne élève de l'Europe (+0,9% de croissance au troisième trimestre 2002, contre 0,3% en Allemagne et 0,2% en France) est-elle promise à une année de vaches maigres?

La CBI vient de publier les chiffres des ventes au détail du 4 au 18 décembre, et ils sont mauvais. Tandis que les commerces attendaient une hausse de la consommation, même moins forte que celle enregistrée l'an dernier, une majorité d'entre eux (37% contre 34%) a constaté une diminution des ventes sur le mois dernier. Du jamais vu depuis janvier 1999. Et, pour la première fois depuis 1992, le chiffre global est, au mieux, «statique», constate la CBI.

Les économistes craignent l'effet d'entraînement qui minerait le climat de consommation. La progression brute du revenu disponible a été minime, l'inflation menace de dépasser l'objectif gouvernemental de 2,5%, l'industrie a supprimé 161 000 emplois et la City plus de 25 000 en 2002. De plus, l'endettement privé atteint des sommets, avec un emprunt hypothécaire à 215 milliards de livres (près de 500 milliards de francs) soit deux fois le précédent record de 1988, et, avec la fin de la hausse immobilière, la possibilité d'emprunter à bon compte contre la valeur croissante des hypothèques va s'estomper. Enfin, la mise en garde à Nouvel An par leur premier ministre que le pays fera face à des situations «difficiles, voire dangereuses» (Irak, Al-Qaida, Moyen-Orient) finit de ternir le tableau.

Taux au plus bas depuis 1964

Bien dans son rôle de modérateur, Eddie George, le gouverneur de la Banque d'Angleterre, a tempéré de propos optimistes cette avalanche de signaux alarmistes. Affirmant qu'il «ne faut pas accorder trop de poids aux études faites à cette époque de l'année», celui qui cédera son poste à fin juin prochain a qualifié le rapport de la CBI de «fantasque». Le banquier central continue de prévoir une nette reprise de la croissance à quelque 3%, et un maintien de l'inflation autour des 2,5%. Pour cela, avance-t-il, pas besoin de changer les taux d'intérêt. La Banque d'Angleterre réunit son comité monétaire cette semaine, et devrait maintenir le loyer de l'argent à 4%, le taux le plus bas depuis 1964. Des économistes interrogés par Bloomberg prévoient une hausse l'été prochain, pour atteindre 4,5% à la fin 2003.

Directeur au fonds d'investissement Seven Investment Management, Justin Urquhart Stewart est moins enjoué qu'Eddie George: «2003 pourrait être une bonne année par endroits, et une année épouvantable partout ailleurs. Il faut guetter les signes potentiels d'une reprise pour 2004. Mais les niveaux d'emprunts actuels ne peuvent plus continuer, et, avec une météo très imprévisible, le marché s'annonce incroyablement difficile pour les détaillants du prêt-à-porter.»

Le ralentissement du marché de l'immobilier, qu'Eddie George espère «modéré» mais que d'autres économistes craignent «sévère», pourrait diviser par deux le niveau de retrait d'hypothèques sous forme d'actions (la part hypothécaire non utilisée pour l'achat de la maison), qui a atteint 42 milliards de livres en 2002 (soit 6,25% des dépenses de consommation), un record. La baisse du prix des maisons va également affecter les revalorisations hypothécaires, principal moteur de l'accroissement des dépenses de consommation. Eddie George prédit un «ralentissement graduel» de la consommation. Il admet toutefois le risque de voir «le consommateur britannique réduire ses dépenses plus qu'on n'aimerait le voir».