perspectives

Les bonnes affaires offertes chez les émergents

Les actions sous-valorisées sont recherchées pour 2019 dans un contexte global de fin de cycle et de ralentissement de la croissance mondiale. Les gérants sont partagés concernant le Brésil

Les actions des marchés émergents ont été particulièrement malmenées l’an dernier, avec l’indice MSCI EM en recul de 14,58% alors que l’indice global MSCI World avait atteint -8,71%. 2018 a ainsi marqué la cinquième année de recul en dix ans pour les émergents. Mais les perspectives se sont largement éclaircies dans un contexte global de fin de cycle et de ralentissement de la croissance mondiale. On note déjà un certain retour de l’appétit au risque sur les actifs émergents par les gérants de fonds en ce début d’année, selon le sondage Bank of America Merrill Lynch de janvier.

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Les raisons de cet engouement sont bien établies et largement consensuelles. L’apaisement des tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine s’est traduit par des négociations et une trêve annoncée entre les deux pays, qui a aussi annulé les nouveaux droits de douane prévus pour le 1er janvier. Autre facteur favorable, le ralentissement du programme de relèvement des taux de la Réserve fédérale américaine, puisque le dollar plus fort avait pénalisé les marchés émergents l’an dernier.

Variété des situations

L’un des aspects les plus intéressants du monde émergent est la variété des situations des différents pays, ceux d’Asie du Nord (Chine, Taïwan, Corée du Sud) ressemblant davantage à des économies à un stade intermédiaire, observe Mathieu Nègre, responsable des actions émergentes à l’Union bancaire privée (UBP). Cette diversité s’opère au niveau du style: «Après des années de surperformance des valeurs de croissance et de la technologie, on a observé un retour du style «value» [investir dans des valeurs sous-évaluées, ndlr] lors du second semestre 2018. Ce style, qui a sous-performé entre 2010 et 2018, offre des valorisations historiquement intéressantes», précise le spécialiste basé à Londres.

Fini, donc, le moteur incarné par les Alibaba, Tencent ou Samsung, et place aux secteurs de la consommation discrétionnaire, des télécoms et services publics – «un rattrapage est possible après qu’ils ont souffert de la force du dollar», glisse Mathieu Nègre –, ou encore les financières.

Au niveau des pays, UBP affiche des positions tactiques positives sur des membres de l’ASEAN, l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est, comme l’Indonésie (qui a beaucoup souffert de la baisse de sa roupie face au dollar). Parmi les favoris de la banque privée genevoise figurent également la Pologne (qui bénéficie d’un momentum macroéconomique favorable) et la Hongrie, qui sont relativement protégées de la volatilité du dollar et des effets de la guerre commerciale entre Washington et Pékin. La Chine (où les incertitudes pèsent sur la consommation) et le Mexique ne sont pas particulièrement appréciés, tandis que Mathieu Nègre est négatif sur Taïwan (qui subit pleinement les effets des difficultés d’Apple et d’autres acteurs de la technologie), les Philippines, le Chili, l’Afrique du Sud et l’Inde.

Surpondéré sur les VARP

Grâce au contexte global plus porteur pour les émergents, Tim Love, directeur des investissements de GAM, prévoit une nette hausse du ratio cours-bénéfices des actions comprises dans l’indice MSCI EM, jusqu’à approcher 14 fois en 2019, contre moins de 10 fois actuellement et 11,85 au début de 2018.

Le gérant d’actifs zurichois (139 milliards de francs suisses sous gestion fin novembre 2018) est surpondéré sur le Brésil et la Russie pour des raisons similaires. Concernant le Brésil, Tim Love relève dans une note d’analyse une conjoncture économique extrêmement porteuse pour les actions depuis l’élection à la présidence du pays de Jair Bolsonaro, qui est favorable aux entreprises et au marché. La confiance des ménages s’est améliorée et les taux d’intérêt ont baissé. La Russie offre un visage comparable, poursuit le spécialiste, «même si le risque de nouvelles sanctions (internationales) ne peut être écarté».

Enfin, GAM est surpondéré sur les marchés frontières regroupés sous l’acronyme VARP – pour Vietnam (qui a bénéficié des tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine), Argentine, Roumanie et Pakistan (qui a fortement progressé depuis son intégration dans l’indice MSCI EM). En revanche, Taïwan est sous-pondéré à cause de «modifications au sein de la chaîne d’approvisionnement technologique affectant les semi-conducteurs et les smartphones».

Au niveau des secteurs, enfin, Tim Love dit préférer les actions cycliques et de valeur aux valorisations plus attrayantes. Finance, matériaux, énergie et services aux collectivités sont privilégiés, au contraire des télécoms et de la consommation de base, jugés trop onéreux.

Moins d’emprunts souverains

Spécialiste de la dette émergente chez NN Investment Partners (qui s’appelait auparavant ING), Marco Ruijer est positif sur cette classe d’actifs pour 2019. En plus des facteurs généraux (politique de la Fed, apaisement des tensions commerciales), le gérant des fonds NN Emerging Market Debt Hard Currency et NN Frontier Markets Debt souligne que les émissions d’emprunts souverains dans les pays émergents devraient être inférieures à celles des années précédentes.

Au niveau des pays, Marco Ruijer voit de la valeur en Argentine, en Zambie et en Côte d’Ivoire. Les pays du Conseil de coopération des Etats arabes du Golfe sont également appréciés, car cinq d’entre eux seront ajoutés aux indices des obligations émergentes EMBI dans les neuf prochains mois (Arabie saoudite, Qatar, Bahrain, Koweït et Emirats arables unis). Ils sont préférés à la Pologne, la Malaisie et au Chili.

Avec des élections prévues cette année, l’Argentine et l’Ukraine seraient bien inspirées de conserver leur soutien du FMI, conclut le gérant. Au Brésil, il souligne qu’une réforme des retraites est l’élément clé face aux attentes très élevées nées de l’élection de Jair Bolsonaro.

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