Deutsche Bank a tiré la première salve, raconte le stratège d'une salle des marchés genevoise. Vendredi en matinée, l'établissement germanique relevait à 450 000 ses estimations sur les créations d'emplois en mai aux Etats-Unis. Le chiffre devait être publié dans l'après-midi et les analystes tablaient en moyenne sur 220 000 nouveaux postes de travail.

L'optimisme des économistes allemands s'est avéré un peu excessif. Le chômage est resté inchangé à 5,6%. Il n'empêche, la création de 248 000 emplois au mois de mai a dépassé les attentes. En plus, les chiffres d'avril et de mars ont été affinés et revus à la hausse. En définitive, près de 950 000 emplois ont été créés durant les trois derniers mois.

L'emploi industriel a aussi offert un motif de satisfaction. Jamais depuis 1998 un nombre aussi important de postes, à savoir 32 000, n'avait été créé sur 30 jours. Le stratège met un bémol à ces statistiques: «Ces chiffres, très positifs pour Bush dans la perspective de l'élection présidentielle, pourraient être un peu biaisés. On sait qu'il existe une marge de manœuvre étatique en la matière.» A confirmer, donc.

La réaction des investisseurs? Les marchés obligataires sont restés plutôt stables. Les bons du Trésor américain à dix ans ont peu fluctué, à 4,7%. Parallèlement, les investisseurs anticipent toujours une hausse de 0,25% des taux de la Réserve fédérale américaine en juin et de 100 points de base d'ici à décembre. En clair, les marchés avaient déjà intégré de bons chiffres.

Les Bourses ont, elles, grappillé quelques pour-cent. Le S & P 500 progressait de 0,76% à 1125,17 points en fin d'après-midi, alors que le Nasdaq gagnait 1,38% à 1987,30 points. La suite? L'analyse technique, spécialité qui tente de détecter les tendances en étudiant les mouvements passés, permet d'y voir plus clair. Christian Bado, responsable du domaine au Crédit Lyonnais, est clairement positif: «Les Bourses américaines entrent dans une cinquième vague de hausse. Cela annonce la fin de la phase de consolidation débutée fin janvier.»

Des investisseurs réticents

L'analyste lâche ses objectifs pour la fin août: «Un S & P 500 à 1230 points et un Nasdaq à 2300.» En clair, des hausses de respectivement 10% et 16%. Seul un recul sous les supports situés à respectivement 1070 et 1850 points annuleraient son scénario. Pour définir ses objectifs, il utilise la théorie élaborée par Ralph Nelson Elliott au début des années 30, selon laquelle tous les mouvements boursiers se décomposent en cinq vagues successives, suivies d'une phase de correction en trois temps.

Du côté des fondamentaux économiques, la majorité des signaux (emploi, croissance, consommation, etc.) sont aujourd'hui passés au vert. Cette situation potentiellement inflationniste inquiète quelque peu les marchés: «Les investisseurs sont un peu réticents à acheter des actions à l'heure où les rendements obligataires, orientés à la hausse, gagnent en attractivité», estime Andreas Höfert, chef économiste de UBS à Zurich.

Tous ne sont pas effrayés. Un gérant de fonds basé à Genève met en avant la qualité des ventes de détail des distributeurs en mai aux Etats-Unis pour justifier son appétit boursier. «La hausse des prix du carburant n'empêche pas les ménages américains de consommer», constate-t-il. La consommation reste le principal soutien de la croissance économique outre-Atlantique. Elle nourrit plus des deux tiers du produit intérieur brut américain (PIB). La croissance du PIB est attendue à plus de 4% sur l'ensemble de 2004.

Rien ne semble véritablement en mesure d'empêcher les Bourses de grimper. A un ou deux détails près toutefois. Le grain de sable constitué par le financement des titanesques déficits américains risque de gripper la machine économique. A moins que ce ne soit un fort recul du prix de l'immobilier aux Etats-Unis qui refroidisse les ménages.