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Les manifestations se poursuivent à Caracas alors que Goldman Sachs vient d’acheter de la dette souveraine du pays. Une transaction considérée, par les opposants, comme un ballon d’oxygène au gouvernement de Nicolás Maduro.
© EPA/MIGUEL GUTIERREZ

Dette

Les bons comptes de Goldman Sachs au Venezuela

Dans un pays que tous les investisseurs semblent fuir, la banque américaine a acheté des obligations d’Etat à prix cassé. Mais qui veut encore placer son argent au Venezuela?

Goldman Sachs pourra-t-elle sauver le gouvernement de Nicolas Maduro? La banque d’affaires fait l’objet de vives critiques pour avoir acheté des obligations d’Etat du Venezuela pour 865 millions de dollars (plus de 840 millions de francs). Décriée par l’opposition, la transaction offre un souffle d’air à un pays au bord de la rupture, asphyxié par une inflation galopante (le Bolivar a plongé de 64% mercredi). Le pétrole, qui représentait 97% des devises, a perdu la moitié de sa valeur depuis 2014 et la production a chuté de 500 000 barils par jour. Peu nombreux sont les investisseurs qui se risquent encore au Venezuela.

Lire aussi «La lutte quotidienne des Vénézuéliens pour leur survie»

«Il n’existe quasiment plus que des hedge funds ou des investisseurs minoritaires avec une haute tolérance au risque pour investir au Venezuela, analyse Claus Born, gestionnaire de portefeuille institutionnel dans la société de gestion d’actifs Franklin Templeton. «Le marché des actions est quasiment fermé pour les étrangers. Avec le contrôle des changes, il est presque impossible de faire entrer ou sortir de l’argent du pays.» Il reste moins d’une vingtaine d’actions cotées dans l’illiquide bourse de Caracas. Et les acteurs institutionnels occidentaux tels que les fonds de pension n’ont pas le droit d’investir dans des pays cotés CCC, soit la plus mauvaise note des agences de notation.

«Spéculation» au défaut de paiement

Franklin Templeton n’a elle-même pas investi dans les actions au Venezuela depuis quinze ans. Claus Born pointe les risques élevés de défaut de paiement: «On serait davantage dans la spéculation, similaire – sur l’analyse du risque – à celle des fonds vautours en Argentine.»

Goldman Sachs a payé 865 millions de dollars pour un paquet d’obligations dont la valeur nominale atteint 2,8 milliards de dollars, soit avec une décote de quelque 70% alors que les obligations de la compagnie pétrolière PDVSA – qui les a émises – se négocient habituellement avec une décote de 50 à 60%.

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Quand vous investissez dans un pays coté CCC, vous faites forcément une analyse de risque

Une «affaire à première vue intéressante» pour la banque d’affaires, qui dispose d’un portefeuille varié, estime Union bancaire privée (UBP), qui ne détient pas d’obligations vénézuéliennes dans ses fonds mutuels sous gestion. Mais la décision de Goldman Sachs repose probablement sur une vision plus élaborée, fait valoir Will Nef, gestionnaire de portefeuille à l’UBP: «Quand vous investissez dans un pays coté CCC, vous faites forcément une analyse de risque et des hypothèses sur la manière dont vous allez récupérer votre argent en cas de défaut de paiement.»

Pour rappel: la compagnie pétrolière vénézuélienne détient une participation dans Citgo, la dixième plus importante chaîne de raffinerie de pétrole des Etats-Unis. Goldman Sachs pourrait être en train d’anticiper un défaut de paiement pour se saisir des actifs de PDVSA, dont la participation dans Citgo, avance un observateur du secteur qui a souhaité rester anonyme. Mais, depuis que Rosneft a acheté 50% de cette même Citgo en novembre dernier, impossible de savoir quelle part détient réellement PDVSA.

Dix milliards de dollars de dette par an

Contactée par Le Temps, Goldman Sachs indique miser sur une «amélioration de la situation dans le pays» et rappelle, par le biais d’un communiqué, que «beaucoup d’investisseurs font des investissements similaires à travers des fonds communs de placement, des fonds indexés ou des ETF, qui détiennent aussi des obligations PDVSA». La banque explique en outre ne pas avoir traité directement avec le gouvernement vénézuélien mais avoir acheté les obligations, émises en 2014, auprès d’un courtier, sur le marché secondaire.

Selon les estimations du cabinet Nomura Securities, le Venezuela dépensera pratiquement autant cette année à payer les services de sa dette extérieure – quelque 10 milliards de dollars – qu’à importer de la nourriture et des médicaments.

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