Une participation en hausse mais aucune surprise à l’issue des votes. Quelque 1600 actionnaires se sont déplacés vendredi au Hallenstadion de Zurich pour suivre l’assemblée générale ordinaire de Credit Suisse, soit une centaine de plus qu’en 2015. Durant cinq heures, les critiques formulées par les intervenants ont fusé. Outre la perte de près de 3 milliards de francs essuyée par l’établissement durant l’exercice 2015, les trois premiers mois de 2016 devraient aussi être déficitaires, alors que le cours de l’action a chuté de 33% depuis janvier.

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Tidjane Thiam, le directeur de Credit Suisse depuis juillet, a admis que l’évolution du cours de l’action a été «décevante», lors d’un discours tenu en français mais aussi en allemand, salué par le public. De son côté, Urs Rohner, le président, a évoqué une «situation difficile» des marchés mais aussi la réorientation de Credit Suisse qui ont pesé sur le résultat 2015.

Pas de lien entre résultats et bonus

Thomas Minder, l’auteur de l’initiative dite contre les rémunérations abusives, a critiqué qu’il n’y a «plus de corrélation entre les rémunérations versées à la direction et les résultats annuels de Credit Suisse». Dominique Biedermann, président de la Fondation Ethos, a, lui, déploré l’«inconsistance entre les résultats réalisés et les rémunérations». Et d’évoquer les 64 millions accordés à la direction pour l’exercice 2015, en légère hausse par rapport à 2014, ou encore le paiement de 14,3 millions attribué à Tidjane Thiam qui n’est conditionné à aucun objectif.

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A l’issue des votes, le vote consultatif sur le rapport de rémunération de 2015 a été approuvé par 79,4% des voix exprimées. L’an dernier, il n’avait obtenu que 67% de voix favorables, après 81% en 2014. A noter que la très influente société de conseil américaine ISS avait recommandé au préalable d’approuver les rémunérations. La rémunération accordée au conseil d’administration a été approuvée par 83,3% des voix, alors que trois autres objets relatifs à celle des membres de la direction ont tous été validés par plus de huit voix sur dix. La décharge a aussi été accordée aux membres du conseil d’administration et du directoire par 86,4% des voix.

Fonds propres en progression

Les progrès réalisés par Credit Suisse en matière de fonds propres ont été maintes fois soulignés par Urs Rohner, le président. La quote-part des fonds propres de la banque selon les règles de Bâle III, située à 17,7% à fin 2015, est la seconde plus élevée parmi son groupe de comparaison. De plus, les actifs pondérés des risques pour les activités de banque d’investissement ont fondu de 248 milliards de dollars à fin 2011 à 110 milliards en 2015. Dans le seul segment des produits à revenus fixes, ils ont même chuté des deux tiers durant la même période pour atteindre 66 milliards à fin 2015. Peu convaincu, Dominique Biedermann a rappelé que le ratio d’endettement («leverage ratio») de 3,3% restait encore inférieur au niveau de 3,5% requis d’ici à 2019.

L’IPO de l’unité suisse pèsera sur le cours

Tidjane Thiam a insisté sur la position de leader de la banque en Suisse. Paradoxalement, la bonne performance des activités de l’unité helvétique, dont une partie du capital devrait être placé en bourse en 2017, risque de peser sur le cours de l’action du groupe, a jugé Morgan Stanley qui a ramené son objectif sur le titre à 17,4 francs (18,4 auparavant). La banque américaine a estimé dans une note que l’introduction en bourse de l’unité suisse pourrait diluer le bénéfice par action de Credit Suisse dans une proportion de 10 à 20%. S’y ajoutent les propos prudents de Tidjane Thiam qui a déclaré s’attendre à ce que la «performance financière de Credit Suisse en 2016 soit encore affectée par les coûts de restructuration». Vendredi, l’action de Credit Suisse a chuté de 4,1% à 14,57 francs, la plus mauvaise performance du SMI.