Du sport aux paiements. De la santé aux relations interpersonnelles. Du frigo à la sécurité privée. A en croire un rapport publié mardi conjointement par la banque Vontobel et le Smartwatch Group, les montres connectées vont complètement changer notre vie d’ici à 2020. Les impacts de cette nouvelle industrie sont d’ailleurs si nombreux que, pour la première fois, la banque zurichoise a dû s’associer avec un cabinet indépendant pour réaliser ce rapport de 79 pages.

On y apprend non seulement que l’on consulte en moyenne son téléphone portable 150 fois par jour. Mais aussi que ce marché, dont les ventes cumulées ont représenté en 2014 1,291 milliard de dollars, devrait atteindre 117 milliards en 2020. Que Fitbit a vendu davantage de bracelets connectés (4,5 millions) qu’Apple (entre 2 et 3 millions). Et aussi que pour la première fois en 2015, les effets de l’arrivée des montres connectées se sont ressentis sur le marché horloger suisse. Interview avec René Weber, l’un des coauteurs.

Le Temps: En août, la Fédération horlogère a noté un recul de 1,2% des exportations. Vous précisez que le plus fort déclin provient du segment milieu de gamme (prix à l’exportation: 200-500 francs) qui est aussi celui de l’Apple Watch. Les deux phénomènes sont-ils liés?

René Weber: Oui, selon nous, c’est la première fois que nous pouvons démontrer l’effet d’Apple sur l’industrie suisse. Attention, d’autres phénomènes (comme le ralentissement en Asie, par exemple) ont pu jouer un rôle dans ce ralentissement. Mais l’Apple Watch y est pour quelque chose.

Selon vous, un groupe comme Richemont – qui propose des montres haut de gamme – n’a presque rien à craindre de cette nouvelle industrie. Tandis que Swatch a du souci à se faire…

En effet. Avec ses marques Tissot ou Swatch, le groupe biennois est davantage présent dans l’entrée et le moyen de gamme que Richemont. Toutefois, on n’assistera pas à une chute des ventes car cela sera également une opportunité pour ces marques de mettre en avant leurs propres modèles de montres connectées.

Pour l’heure, Swatch a lancé la «Touch Zero One», mais Tissot n’a pas encore présenté un modèle concret…

Je suis sûr qu’ils sont en train de travailler là-dessus. Il n’y a pas d’autres solutions. Ils ont déjà la technologie (ndlr: grâce à la T-Touch) et le groupe possède le savoir-faire. Je pense qu’en avril 2016, durant Baselworld, ils lanceront leur nouveau produit.

Au-delà de ces grands groupes, vous vous arrêtez également dans ce rapport sur plusieurs petites sociétés cotées à la bourse suisse. Par exemple ams qui, selon vous, devrait largement profiter du boom des montres connectées…

En effet. Ce sont de petites sociétés, méconnues mais très fortes dans leurs domaines, qui vont jouer un rôlé-clé dans les montres connectées. La société ams (autrichienne, mais cotée à Zurich) fournit par exemple des capteurs de toute sorte (médicaux, mais aussi de pression, d’humidité, etc.) et devrait être la grande gagnante des développements à venir. Il y en a d’autres, comme u-blox, Inficon ou Connect… A noter que Swatch, très à la pointe au niveau des batteries, pourrait aussi en profiter.

Pourquoi la banque Vontobel s’est-elle associée avec un cabinet indépendant pour ce rapport?

C’est une occasion spéciale. Dans la banque, nous avions l’expertise pour l’horlogerie et la technologie. En revanche, les applications et les utilisations des montres connectées nous semblaient plus difficiles à cerner. C’est la force de Pascal Koenig, fondateur de Smartwatch Group. Il a déjà développé sa propre montre connectée (via la société Limmex) et est actuellement en train de lancer un nouveau projet: Ava Women, un bracelet qui mesure les périodes de fertilité chez les femmes.