C'est la fin d'un mythe. Friedrich Sauerländer, CEO de la compagnie de négoce André & Cie, a annoncé vendredi matin la mort programmée du groupe lausannois, qui a demandé jeudi un sursis concordataire. Après deux plans de restructuration, dont le dernier avait été dévoilé il y a seulement deux mois, la société se voit contrainte d'abandonner ses opérations à Lausanne, siège du groupe quasiment depuis sa fondation en 1877, ainsi que ses opérations en Europe et en Afrique. Les effectifs à l'étranger ne sont pas touchés. C'est un véritable choc dans la communauté lausannoise, où la firme a longtemps été tout autant crainte que respectée pour son incroyable succès dans un secteur, le négoce, où l'on préfère officier dans l'ombre. Suisse-Atlantique, la compagnie maritime en mains de la famille André, basée elle aussi à Lausanne, n'est pas affectée par cette nouvelle restructuration.

Les négociations avec les 43 banques créancières de l'établissement ont échoué durant la semaine et la direction s'est vue contrainte d'informer vendredi les 180 collaborateurs lausannois de la disparition programmée de leurs postes de travail. «Ne pouvant compter sur des crédits, l'activité de l'entreprise s'est fortement réduite à Lausanne, indique le communiqué d'André & Cie. Après huit semaines de négociations et d'attente, l'entreprise se trouve paralysée et ne peut plus compter sur les revenus financiers de ses activités.» Vendredi au siège, les employés semblaient pour la plupart sous le choc. Pour Yves Cuendet, secrétaire général, «nous avons tous cru sincèrement que nous pourrions nous en sortir». L'amertume pointait aussi, comme de la part de cet huissier, qui lançait à quelques journalistes: «Nous sommes encore moins informés que vous sur ce qui se passe dans cette maison.»

C'est à Friedrich Sauerländer, venu seulement à la fin de l'année dernière pour tenter l'impossible, à savoir redresser la barre, que revenait vendredi la difficile tâche d'annoncer la fin du groupe. Certes, il subsiste une activité à l'étranger, constituée des opérations au Brésil, en Argentine et en Asie. Mais la direction confirme qu'il ne s'agira pour ces unités que de redresser leur situation avant d'être vendues au plus offrant, en un seul lot ou par morceaux. Le pire scénario envisagé par le CEO d'André & Cie serait la liquidation pure et simple de ces dernières opérations, qui emploient quelque 1400 personnes et représentent un chiffre d'affaires d'environ un milliard de francs.

La chute du groupe a été précipitée par l'incapacité de trouver un accord avec le «steering committee», qui regroupait six banques dont UBS, chargées de restructurer la dette d'André & Cie, évaluée à 400 millions de francs. La tâche semblait d'autant plus ardue qu'au sein même de ce comité, les banques ne sont pas parvenues à adopter une position commune. «Nous sommes dans une situation de surendettement, a souligné «Fritz» Sauerländer. Nos fonds propres ne s'élevaient plus qu'à 19 millions de francs à fin janvier et nous perdons 6 millions par mois. La situation n'a pas changé depuis que nous avons présenté notre business plan en janvier. Mais nous ne pouvons pas continuer sans lignes de crédit.»

Indemnités pour les anciens collaborateurs

André & Cie, qui n'emploie plus que 180 personnes à Lausanne, devrait vendre ces prochains mois son siège situé au 5, chemin de Messidor. Les collaborateurs pourraient n'être plus que 80 d'ici à six mois et une dizaine dans un an, au fur et à mesure que le groupe va réduire ses activités jusqu'à leur extinction pure et simple. Les licenciements n'ont pas encore été nommément signifiés aux salariés.

Quant au sursis concordataire, il a été prononcé pour deux mois et peut être renouvelé jusqu'à une période de 24 mois. «Nous ne pouvons pas arrêter du jour au lendemain nos engagements auprès de nos clients, voilà pourquoi nous aurons une équipe de management restreinte qui poursuivra le travail», note Friedrich Sauerländer. Tous les employés licenciés bénéficieront d'un traitement égal. La famille André a mis sur pied des fondations «de plusieurs dizaines de millions de francs», selon le CEO, et indépendantes des comptes de la société, afin d'assurer un niveau suffisant d'indemnités aux anciens collaborateurs.