Place financière

Bordier place son développement entre les mains de Cédric Anker

La banque privée genevoise recrute l’ancien directeur de la banque Cramer. L’établissement, qui gère actuellement 13,5 milliards de francs d’avoirs, veut élargir son offre et réfléchit à la finance durable

La banque Bordier a connu une accélération de sa croissance ces dernières années. Depuis des temps immémoriaux, la dernière banque genevoise dont les associés sont indéfiniment responsables gérait aux alentours de 10 milliards de francs d’avoirs. Ce montant atteint maintenant 13,5 milliards, contre 12 milliards en début d’année. Pour entretenir cette nouvelle dynamique, l’établissement qui vient de fêter ses 175 ans crée un poste de responsable du développement, occupé par Cédric Anker. En fonction depuis début novembre, le banquier était précédemment directeur général de la banque Cramer, entre octobre 2017 et début 2019.

La clé de la dynamique actuelle de Bordier, ce sont les afflux nets de fonds, appelés net new money dans le jargon, affirme l’associé gérant Grégoire Bordier: «Les marchés ont certes été porteurs cette année, mais nous avons aussi enregistré environ 650 millions de nouveaux actifs nets sur les neuf premiers mois de 2019. Ce net new money avait également été solide les deux années précédentes.» Pour l’avenir, l’objectif est de générer 5% de nouveaux actifs nets par an, et de trouver de nouvelles sources de revenus, pour faire face à des coûts croissants.

Deux pistes de développement

Deux voies ont été définies par la banque présente dans 11 villes et six pays, dont le Royaume-Uni, l’Uruguay et Singapour. D’une part, élargir le spectre des investissements proposés aux clients. D’autre part, augmenter son activité avec des clients plus jeunes, entrepreneurs, qu’il s’agisse des besoins de financement de leurs entreprises, d’un accès aux marchés de capitaux ou d’obtenir de la liquidité sur des actifs non cotés, par exemple. La banque veut s’en tenir à son unique spécialité, la gestion privée, mais prévoit d’offrir ces solutions via un réseau d’experts avec lesquels elle aura des liens forts, voire parfois capitalistiques.

Ces pistes de développement nécessiteront davantage de ressources, et donc des engagements. C’est l’une des missions de Cédric Anker, qui a rejoint le comité exécutif début novembre. «Nous voulons recruter des équipes de gestion, sachant que Bordier leur offre une structure où ils peuvent évoluer comme des entrepreneurs», précise l’ancien responsable de Vontobel Genève à partir de 2006, qui avait rejoint Mirabaud en 2010, puis la banque Cramer à l’automne 2017. Les nouveaux venus pourraient couvrir les marchés déjà suivis par Bordier ou apporter de nouvelles juridictions.

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Les gérants externes en fin de carrière sont un autre vecteur de développement identifié par Cédric Anker: «Au moment de la retraite, certains gérants externes ne souhaitent pas vendre leur clientèle à de grandes banques, notamment parce qu’il s’agit du type d’établissement qu’ils ont quitté pour se mettre à leur compte. Nous pouvons les accueillir pour assurer la délicate période de transition.» Les gérants indépendants représentent actuellement 10% des avoirs confiés à Bordier. Le groupe ne souhaite pas acquérir une autre banque.

Statut historique «très durable»

Un autre projet en cours concerne la finance durable, qui fait l’objet d’une réflexion depuis un an. Quant au statut de banquiers indéfiniment responsables, que Bordier est la seule banque à avoir conservé à Genève, il est qualifié de «très durable» par Grégoire Bordier. «C’est un élément différenciant en notre faveur, il montre que nos intérêts sont alignés sur ceux de nos clients», conclut l’associé senior. Selon lui, ce statut sera conservé, peut-être avec une structure modifiée pour le groupe. «Mais la banque ne deviendra pas une société anonyme, c’est certain», conclut le représentant de la cinquième génération de la famille de banquiers.

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