Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Boris Collardi quitte la présidence de l’Association des banques suisses de gestion, laquelle tenait son assemblée générale vendredi à Lugano.
© Ennio Leanza / Keystone

Gestion de fortune

Boris Collardi: «Le modèle suisse gagne des parts de marché»

Le président sortant de l’Association des banques suisses de gestion constate une tendance au protectionnisme dans les services financiers. L’accès au marché européen est prioritaire pour défendre l’emploi en Suisse, déclare-t-il au «Temps». Et pour satisfaire la clientèle asiatique, il faut «être sur place»

Boris Collardi quitte la présidence de l’Association des banques suisses de gestion (ABG), laquelle tenait son assemblée générale vendredi à Lugano. Son successeur est Marcel Rohner, vice-président du conseil d’administration de l’UBP. L’ancien président de la direction de Julius Baer et dès le 1er juin associé de Pictet s’explique sur l’évolution du secteur.

Le Temps: Comment vous préparez-vous à votre nouveau rôle d’associé chez Pictet?

Boris Collardi: J’essaie de profiter des six mois à disposition sans trop y penser. J’espère que mes 23 ans d’expérience me permettront d’être rapidement au fait des priorités. Cela se passera très bien. Je ne m’engage pas dans une république inconnue, mais dans ma région d’origine avec des collègues et un métier que je connais déjà. Le changement est moins considérable qu’il pourrait le sembler.

La Suisse reste numéro un mondial de la gestion de fortune, mais les écarts se resserrent. Quelle est la signification de cette baisse relative?

Ce déclin relatif est souvent mal compris. Singapour et Hongkong connaissent des taux de croissance supérieurs à la place financière suisse certes. Mais parmi les cinq plus grandes banques de gestion dans cette région, trois sont suisses. La place financière suisse reste numéro un malgré une croissance moindre, mais les banques suisses ont consolidé leur avance puisqu’elles figurent parmi les leaders des autres places financières. Le modèle et la marque suisses continuent de gagner des parts de marché.

Le protectionnisme s’accroît dans les relations internationales. Est-ce aussi le cas dans les services financiers?

La tendance au protectionnisme est claire et nous devrons tout faire pour continuer à trouver des solutions de libre marché avec nos partenaires. Une partie des instituts ont toutefois des possibilités sur le plan régional par exemple. De nombreuses banques suisses se sont implantées au Luxembourg ces dernières années. L’avenir reste fascinant et plein d’opportunités. Les contraintes sont connues, les opportunités visibles. Cela permet aux instituts de ne plus être en mode réactif, comme dans l’après-2009, mais d’être tournés vers l’avenir.

Est-ce que l’on peut sortir du conflit entre les priorités des banques orientées sur le seul client suisse et les institutions plus internationales?

La dynamique est différente entre les groupes de banques, mais le problème n’est pas principalement suisse. Il est fonction du dialogue avec l’Union européenne (UE), lequel est bloqué à cause du Brexit.

L’UE est aux prises avec le Brexit, un gouvernement eurosceptique en Italie, la crise turque. Est-ce que la Suisse ne va pas profiter des malheurs de ses voisins et attirer les capitaux?

La Suisse reste un havre de paix du point de vue politique et économique. Elle continuera de jouer ce rôle de sécurité auprès de grandes fortunes, dans le cadre d’un modèle réglementé et fiscalisé.

Etes-vous optimiste sur le dossier de l’accès au marché européen?

L’optimisme est nécessaire mais il doit être teinté de réalisme. L’histoire récente nous oblige à limiter nos espoirs, mais nous devons insister, forts d’un droit légitime à revendiquer l’accès au marché unique auprès de nos amis et partenaires européens. Il faut garder toutes les options ouvertes, l’équivalence, la voie bilatérale ou un accord institutionnel à inscrire dans la stratégie du Conseil fédéral.

Est-ce que vous soutenez l’accord-cadre?

Les discussions actuelles n’incluent pas forcément les services financiers. Mais avec une volonté commune et un accord sur les questions annexes, nous pourrions trouver une solution pragmatique comme base à un accord institutionnel qui, dans une deuxième phase, engloberait les services financiers.

Est-ce que les Etats-Unis, gagnants de la bataille réglementaire, ne sont pas, davantage que l’Asie, le marché de l’avenir?

J’ai entendu que certaines personnes fortunées pensaient aux Etats-Unis dans les réflexions de structuration de leur patrimoine. Un argument se fonde sur la non-participation des Etats-Unis de manière réciproque au régime fiscal international.

Quels métiers de la gestion vont le mieux se développer? Les banques vont-elles se concentrer sur un seul métier?

La richesse de la Suisse est née de la diversité des modèles d’affaires et des catégories d’acteurs. Mais on ne peut pas se soustraire à une réalité qui impose une certaine régionalisation et à une spécialisation croissante. La vente de Notenstein à Vontobel par exemple appuie cette réflexion de concentration des compétences sur le point fort de chacun. La gestion de fortune restera le fer de lance de la place financière suisse, à partir de la Suisse et de l’étranger. La gestion d’actifs dispose d’un potentiel énorme en Suisse. Les métiers annexes, comme la garde de titres (custody) et les affaires opérationnelles, seront transformés en fonction de la technologie et des marges. Il est important d’investir dans l’innovation pour mieux la comprendre, l’anticiper et l’adopter. Comme dans l’industrie, ce sont les plus innovants qui perdurent.

Quelle est la meilleure façon de tirer profit de la croissance en Asie?

Deux tendances méritent d’être signalées. Tout d’abord, en relation avec les changements réglementaires et fiscaux, le client consomme toujours plus de services de gestion de fortune au niveau régional et de moins en moins sur le plan global. Les affaires transfrontalières, qui ont fait le succès de la Suisse, sont moins porteuses auprès de la clientèle asiatique, mais cette dernière reste friande du produit suisse. Deuxièmement, l’accès au marché est plus réglementé, ce qui affaiblit aussi les affaires transfrontalières. Il résulte de ces deux tendances que, pour continuer de grandir à partir de la Suisse et préserver l’emploi ici, l’accès au marché est primordial, en priorité avec l’UE.

Comment structurer la croissance en Asie?

Il faut être sur place. Les perspectives sont alléchantes sur le papier. C’est l’endroit qui compte le plus grand nombre de millionnaires. Mais la concurrence y est féroce. Mon seul conseil est d’être patient, de préparer un plan à dix ans et non pas à trois ans et de croître sur le plan local, sans chercher à reproduire le modèle suisse ou européen. Il faut s’adapter à la culture des clients. Des marques comme Credit Suisse, UBS et Julius Baer ont su le faire.

Dans l’innovation, la Suisse se développe dans la cryptovalley avec plus de 300 start-up qui malheureusement ne peuvent ouvrir un compte bancaire. Peut-on débloquer la situation et les régulariser?

Le problème n’est pas spécifique à la Suisse. Les start-up de la scène «crypto» doivent trouver une interface avec le système bancaire. A ma connaissance, le problème est celui de l’origine des fonds et de la réglementation KYC [Know your customer, connaître son client, ndlr]. La course avec la qualité et la transparence devrait accroître les chances de création de cette interface.


Lire également: 

Publicité
Publicité

La dernière vidéo economie

«Nous tirons parti de la lumière pour améliorer le bien-être des gens»

Candidate au prix SUD de la start-up durable organisé par «Le Temps», la société Oculight est une spin-off de l’EPFL qui propose des aides à la décision dans l’architecture et la construction, aménagement des façades, ouvertures en toitures, choix du mobilier, aménagement des pièces, pour une utilisation intelligente de la lumière naturelle. Interview de sa cofondatrice Marilyne Andersen

«Nous tirons parti de la lumière pour améliorer le bien-être des gens»

n/a
© Gabioud Simon (gam)