Gestion

Boris Collardi: «La Suisse profitera du Brexit»

Le président de la direction de Julius Baer a présenté des résultats semestriels supérieurs aux attentes et annoncé l’engagement de 200 gérants depuis le début de l’année

L’action Julius Baer a gagné 3,4% à la présentation d’un bénéfice net semestriel supérieur aux attentes des analystes.

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Le résultat net ajusté des coûts de restructuration et provisions juridiques pour les Etats-Unis, s’est accru de 5% à 402 millions de francs. Les revenus d’exploitation augmentent de 1%, alors que les coûts d’exploitation ajustés des effets extraordinaires baissent de 1%.

5,5 milliards d’argent frais

Les analystes mettent en exergue la hausse de 4% des actifs sous gestion, à 311 milliards de francs et les 5,5 milliards de francs d’argent frais. L’acquisition de Kairos, en Italie, a accru les actifs de 8,6 milliards de francs.

«2016 est une année d’investissement dans un environnement politique et économique difficile», a expliqué Boris Collardi, président de la direction, a indiqué lundi à la presse, à Zurich. Le groupe a accéléré son acquisition de gérants. Plus de 200 conseillers à la clientèle ont décidé de rejoindre la banque au premier semestre. A fin juin, l’effectif atteint 5856 employés (+9,2%), dont 3301 en Suisse (+7,7%). Boris Collardi répond aux questions du Temps:

Le Temps: Vous accueillez 200 nouveaux conseillers à la clientèle. Est-ce que l’engagement de nouveaux gérants est un moyen de croître qui s’avère moins cher qu’une acquisition?

Boris Collardi: Notre bilan comparatif entre les acquisitions et la croissance organique (engagements de gérants) indique que chaque stratégie présente ses propres avantages et inconvénients. La croissance organique permet de doser l’enveloppe d’investissement. Elle s’avère moins chère parce qu’elle évite le versement d’une prime d’acquisition et l’engagement d’un personnel de soutien qu’il faudrait éventuellement redimensionner. Elle permet aussi de trier soigneusement les actifs qui viennent avec un conseiller.

La croissance organique a l’inconvénient d’être linéaire par rapport à une acquisition. Dans ce dernier cas, le client fait d’emblée partie de vos actifs et il lui appartient de faire les démarches pour quitter l’établissement. Entre les deux choix, l’important consiste à agir de façon opportuniste.

- Est-ce que vous privilégiez une région dans ces engagements ou est-ce fonction du profil de la personne?

- Nous avons recruté beaucoup de gérants en Asie, à Dubaï, une équipe à Berne, une autre à Monaco, avec le numéro deux de HSBC, la première banque dans la Principauté. Nous engageons donc en fonction du potentiel de la région autant que du profil personnel.

- Votre réorganisation a été parfois interprétée à Zurich comme un conflit de personnes. N’étiez-vous pas précédemment centrés sur les besoins du client?

- C’est une question de stratégie et nullement de personnes. Nous avons défini les mandats clés que Julius Baer devait gagner sur la base d’une stratégie pour 2020. Nous voulons être forts sur le marché suisse et tirer profit de la nouvelle donne en Europe en regroupant les deux divisions qui la concernaient. Nous avons regroupé les pays émergents les plus proches dans une division et placé l’Asie et l’Amérique latine dans leur propre division.

Ensuite, nous avons dit que nous devions être bons dans le conseil aux clients et dans la gestion professionnelle de leurs avoirs. Ce qui a été placé dans deux divisions («Advisory Solutions» et «Investment Management»). Et finalement, nous avons regroupé tous nos projets informatiques sous la même direction. Après l’établissement de cette organisation, nous avons choisi les personnes les plus adéquates. Il arrive que dans cette étape, l’une ou l’autre personne ne s’identifie pas à son nouveau mandat. Mais il n’y a pas de réorganisation effectuée autour d’une personne. Si quelqu’un n’est pas motivé pour ces nouvelles tâches, nous respectons sa décision de nous quitter. J’ai été un peu surpris par l’interprétation de certains médias.

- Est-ce que le Brexit va amener davantage de capitaux en Suisse?

- Je suis pratiquement certain que le Brexit profitera à la Suisse pour deux raisons. En termes de flux de capitaux, des personnes domiciliées en Angleterre ou ayant décidé d’utiliser la plate-forme anglaise comme point de référence vont s’interroger sur leur futur statut de résident en Angleterre et sur la volonté des autorités de se profiler comme lieu attractif pour les affaires. Elles décideront peut-être d’utiliser la Suisse pour ne pas mettre tous les œufs dans le même panier.

Le message donné par Londres à l’UE ne peut pas être ignoré. J’espère qu’à moyen terme cela nous permettra de renouveler notre propre message et d’obtenir de meilleures concessions en termes d’accès au marché européen.

- Et que modifierez-vous votre présence à Londres?

- Nous devrons analyser notre présence par rapport au marché domestique. Son taux de croissance va diminuer. La création de nouvelles fortunes va se ralentir. Ensuite, il faudra observer les réactions de la clientèle fortunée internationale à Londres.


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