S’il restait encore quelques sceptiques vis-à-vis du virage électrique pris par l’industrie automobile, Bruxelles aura fini de les persuader. Mercredi, la Commission européenne a tout simplement annoncé la fin de la vente des moteurs à essence et hybrides en 2035.

Mais ne rouler qu’à l’électrique ne va pas sans bornes. L’Union européenne (UE) a donc confirmé sa volonté d’opérer un déploiement à grande échelle. Trois dates et trois chiffres ont été donnés: 1 million en 2025, 3,5 millions en 2030 et plus de 16 millions en 2050. «Il faut des points de charge tous les 60 km, le long des principales routes en Europe», a même précisé la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. A fin 2020, l’UE comptait 260 000 points de recharge accessibles au public. Mais 70% d’entre eux sont regroupés dans seulement trois des 27 Etats membres, l’Allemagne, la France et les Pays-Bas.

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Face aux réactions provoquées par les ambitions de Bruxelles, les autorités françaises n’ont pas tardé, jeudi matin, à publier un décompte. Dans l’Hexagone, on compte 43 700 bornes ouvertes au public, dont 11 000 qui ont été installées cette année. Le rythme s’accélère, puisque 5000 bornes ont été posées au cours de ces deux derniers mois. Soit autant que durant tout 2020. La France vise le chiffre de 100 000, d’ici à la fin de l’année.

Plus de 6000 bornes en Suisse

En Suisse, un peu plus de 6000 bornes publiques sont désormais déployées, selon les chiffres de l’Office fédéral de l’énergie (OFEN). Soit 1000 de plus qu’à la fin de novembre dernier. Par ailleurs, plusieurs entreprises du pays sont concernées par ce nouvel élan politique et réglementaire, dans un marché déjà très dynamique. Parmi elles, il y a Green Motion, spécialiste de bornes de recharge et de leur logiciel. Rachetée par le groupe Eaton en mars dernier, la société lausannoise voit son offre étoffée par les compétences de son nouveau propriétaire américain en termes de distribution, de stockage et de gestion d’électricité.

Les annonces de mercredi ont donc été bien accueillies à Morges, au siège Europe, Afrique et Moyen-Orient (EMEA) d’Eaton. «Il y a bien sûr le déploiement des bornes, mais le grand défi est de réussir à les intégrer dans le réseau existant, détaille Delphine Clément. Nous allons être un acteur de ce mouvement vers l’électrification, parce que nous avons l’une des solutions les plus intégrées.» En tant que responsable du segment bâtiments commerciaux et industriels chez Eaton, elle ajoute: «En plus de ce qui a été présenté mercredi, nous attendons de nouvelles réglementations sur la performance énergétique des bâtiments, et notamment sur le déploiement de bornes de recharge privées intelligentes.»

Des batteries sur roues

Pour ce chapitre-ci ou pour l’autre, le grand mouvement vers l’électrification de la mobilité exige des réflexions de fond, poursuit-elle. Pour éviter les pénuries, mais aussi pour mieux gérer la volatilité d’une énergie qui, demain plus qu’hier, sera issue d’énergies renouvelables dont la disponibilité varie au fil de la journée et des saisons. «On peut décider de redimensionner l’infrastructure pour en augmenter la puissance. Mais cela coûte cher et cela prend du temps. Mais l’on peut aussi adopter une gestion intelligente de l’énergie.» Eaton et Green Motion promeuvent notamment les bornes de recharge bidirectionnelles, qui permettent aux voitures de devenir des batteries sur roues, et donc de réinjecter du courant dans le réseau.

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Le bidirectionnel, c’est aussi une technologie que propose le groupe zurichois ABB, rappelle son porte-parole. Ce sont ceux d’une puissance de 10 kW, pour un usage privé. Mais sa gamme s’étend jusqu’aux chargeurs de 350 kW, utilisés sur les aires d’autoroutes notamment. «Nos chargeurs sont installés dans tous les 27 Etats membres», souligne aussi le porte-parole. «Les propositions de la Commission européenne vont dans la même direction que notre stratégie 2030», conclut-il. Depuis son entrée dans ce marché naissant en 2010, le groupe a vendu quelque 200 000 chargeurs à travers le monde.

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