Chaque mardi, «Le Temps» vous fait découvrir l’une des six entreprises finalistes du Prix Swiss Venture Club qui sera remis le 4 novembre prochain. Décernée tous les deux ans, cette distinction récompense une PME romande pour sa vision, son action et sa gouvernance.

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Une Tesla en version balayeuse. A peine arrivés au siège de l’entreprise Boschung, nous assistons par hasard à une scène un brin futuriste: le test grandeur nature d’un véhicule autonome. L’Urban-Sweeper S2.0 Autonomous, c’est son nom, zigzague prudemment entre les voitures parquées devant l’entrée. Cette balayeuse autonome est aussi électrique, comme sa grande sœur S2.0, actuellement le best-seller de Boschung.

On aperçoit pourtant un conducteur dans la cabine. Mais ce sont bien des capteurs qui pilotent. «Lui est seulement là pour vérifier que tout fonctionne bien», précise Emilie Boschung, la directrice marketing du spécialiste des engins de voirie et de déneigement. «Plusieurs de ces véhicules sont déjà en fonction aux Etats-Unis, en Chine, en Allemagne et en Suisse», ajoute-t-elle.

A l’Aéropôle de Payerne, la fille et nièce des deux patrons et actionnaires de l’entreprise du même nom sera notre guide pour l’occasion. Dans le show-room qui fait face à la réception, la première étape de la visite nous ramène instantanément en 1970. La Pony, une laveuse, balayeuse, saleuse, chasse-neige, est l’ancêtre de tous les véhicules spéciaux que Boschung a développés depuis sa création par Marcel Boschung, en 1947.

Des milliers de stations météo

Cela fait longtemps que les véhicules de l’entreprise nettoient les routes. Tout automobiliste qui se respecte a déjà vu et/ou croisé l’un des produits développés par l’entreprise d’origine fribourgeoise. Plus de 15 000 de ses modèles sont actuellement en circulation dans le monde. Mais la société compte également quelque 5000 stations météorologiques au bord des pistes, des routes et des ponts. Ces boîtes grises surmontées de capteurs collectent des informations sur l’air, l’humidité, le vent ou encore la température au sol. En bref, tout ce qu’il est utile de savoir sur l’état d’une chaussée. C’est l’autre source de revenus de Boschung. Mais aussi l’un des trois piliers de sa stratégie pour se différencier des concurrents. «Ces stations permettent de lancer des alertes. C’est l’étape de la détection», décrit Emilie Boschung.

Vient ensuite l’action, avec les différents véhicules ou, parfois, sur le contournement de Lausanne par exemple, avec un système d’aspersion automatique pour éviter le gel. Enfin, il y a la troisième partie, celle de la gestion. Celle-ci s’appuie sur un logiciel. Baptisé Borrma et déployé dès les années 1980, ce système de gestion permet de tout savoir et de tout organiser à distance depuis un écran. Les kilomètres et les itinéraires parcourus par les véhicules, les zones traitées, les quantités de sel ou de saumure déposées.

Emilie Boschung est de la troisième génération de l’entreprise en mains familiales. La troisième génération, c’est, dit-on, celle qui fait péricliter l’affaire. Ce dicton, on le lui ressert souvent, sourit-elle. La dernière fois, se souvient Emilie Boschung, la boutade venait du conseiller d’Etat vaudois Philippe Leuba, lors de l’une des nombreuses cérémonies officielles qui ont lieu dans les locaux de Payerne. C’est que, depuis que les quatre sites de l’entreprise ont été réunis en un seul, en 2017, Boschung a l’habitude d’être visitée. Son modèle d’affaires, ses engins et sa salle d’exposition sont devenus un outil de promotion pour cette PME qui compte environ 140 employés en Suisse.

Effervescence quand même

Derrière le show-room, au rez-de-chaussée de ce bâtiment de trois étages, se trouvent les ateliers. En cette année marquée par l’épidémie de coronavirus, les budgets publics sont sous pression, les aéroports en sous-régime. Les affaires de Boschung s’en ressentent. Elle recourt un peu au chômage partiel. Mais dans ses ateliers, le ralentissement ne se voit pas. Il y règne une certaine effervescence. Le service après-vente, les services, les réparations, les rénovations… Comme dans le monde des véhicules de tourisme, l’automne et l’hiver sont les saisons les plus exigeantes pour les voiries et les aéroports – et donc pour Boschung.

A Payerne, l’entreprise a par ailleurs regroupé les fonctions administratives et les postes de direction. Mais aussi la recherche et le développement, ainsi que les petites séries de production, de préproduction, ou encore la conception de ses stations météo. La production de plus grande ampleur est, elle, réalisée en Hongrie, en Allemagne, en Russie et en Chine notamment. Boschung compte environ 500 employés hors de Suisse. Près de 80% de son chiffre d’affaires est d’ailleurs réalisé à l’exportation.

On sait par exemple que l’aéroport O’Hare de Chicago a acquis pas moins de 65 de ses Jet Broom pour nettoyer ses sept pistes. Le Jet Broom, c’est le produit le plus visible de la gamme. Une cabine de camion Mercedes, mais un châssis renforcé, mis au point par Boschung. Le véhicule est équipé d’une lame, d’un système d’aspersion et d’une soufflerie installée entre les essieux qui, en fonction des besoins saisonniers, peut devenir aspirateur. En Suisse, les aéroports de Zurich et de Genève ainsi que les autoroutes valaisannes et tessinoises sont aussi déblayés par des Jet Broom.

C’est autour de ce géant des routes que s’achève notre visite et que commence la séance photo. A l’extérieur, l’Urban-Sweeper autonome a terminé son nettoyage. Le parking de Boschung est impeccable. Mais, sans surprise, son laboratoire à ciel ouvert l’était déjà avant notre arrivée.


Prochain épisode, mardi 27 octobre: Informatique-MTF, à Givisiez (FR), spécialiste des logiciels de gestion clients