Réinsertion

En Bosnie-Herzégovine, les framboises sont thérapeutiques

Dans un champ à côté de Tuzla, en Bosnie-Herzégovine, la Coopération suisse soutient une petite exploitation agricole qui emploie des personnes handicapées. Pour elles, la première victoire, c’est le retour de l’estime de soi, raconte l’ancien combattant Vahid Dulovic

Pendant cette année anniversaire de nos 20 ans, «Le Temps» met l’accent sur sept causes emblématiques de nos valeurs. La cinquième portera sur «l’économie inclusive». Nous souhaitons vous faire découvrir des idées, des modèles et des personnalités qui, chacun à leur manière, développent une économie et une finance plus saines. Du «greenwashing» pratiqué par certaines multinationales aux micro-initiatives développées par des individus, un vaste univers existe, que «Le Temps» explorera par petites touches au fil du mois qui vient.

Vahid fume. Beaucoup. Il ne parle pas anglais, mais à son ton et à sa manière d’agiter les bras, l’on saisit rapidement, avant même que le traducteur ne fasse son œuvre, que l’homme est sûr de son fait.

Dans une chaleur étouffante, entouré de membres de son équipe, il est attablé sous l’avant-toit d’une cabane dont le bois clair laisse deviner qu’elle vient d’être construite. C’est le lieu de pause de cette petite exploitation agricole d’un hectare, située à quelques kilomètres de Tuzla. Ici, sept personnes souffrant de maladies mentales diverses travaillent à faire pousser et à récolter des framboises. Le credo de ce projet, cofinancé par la ville et la Coopération suisse (DDC), c’est la réinsertion par le travail.

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Le premier succès, ce sont les interactions sociales, le regain de confiance en soi et la prise de conscience que les efforts et le labeur sont récompensés. Par l’argent, mais aussi par la fierté.

Vahid Dulovic, président de l’association Fenix

Mais permettre à ces gens de revenir sur le «vrai» marché du travail est un lointain objectif, tempère Vahid Dulovic, président de l’association Fenix, qui milite pour les droits des handicapés mentaux. «Le premier succès, ce sont les interactions sociales, le regain de confiance en soi et la prise de conscience que les efforts et le labeur sont récompensés. Par l’argent, mais aussi par la fierté.»

Vahid est convaincu que le travail peut servir à soigner des maux psychiques. Il en sait quelque chose. Agé de 57 ans, il a combattu pendant la guerre, entre 1992 et 1995. Des éclats de grenade l’ont blessé à la jambe droite et ont endommagé plusieurs de ses organes, dont la prostate et les intestins. Il souffre également, comme 450 000 personnes dans le pays, de troubles de stress post-traumatique. Mais Vahid a appris à gérer ses crises, qui apparaissent une à deux fois par an, «grâce au travail, qui permet au corps de prendre le dessus sur la tête».

Intégrer des chômeurs

S’il s’en prend aussi vertement au système médical et à la façon dont les autorités s’occupent des personnes handicapées – ou plutôt ne s’en occupent pas –, c’est parce que lui-même a subi de nombreuses discriminations et stigmatisations.

Cette ferme modèle, mise sur pied en 2017, a produit cette année 500 kilos de fruits. Les plantes ont encore besoin d’un an pour atteindre leur plein régime. L’an prochain, elles donneront cinq tonnes de framboises, prévoit-on déjà, en promettant également que les cultures seront agrandies, probablement diversifiées, et que la ferme emploiera bientôt, aussi, de futurs anciens chômeurs.

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Tout à côté, dans un hangar réfrigéré, les premières framboises thérapeutiques ont déjà été vendues à un grossiste. Soigneusement entreposées dans des petites caisses en plastique, elles attendent d’être exportées quelque part en Europe. Elles seront mangées comme n’importe quelles autres framboises. Mais pour Vahid, elles ont forcément une saveur particulière.

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