Protection

Des boucliers pare-balles pour les écoles américaines

L’entreprise Hardwire Armor Systems, jusqu’ici plutôt habituée aux matériels de guerre, vend des boucliers résistant aux fusillades pour protéger les écoliers. Elle n’est pas la seule à courtiser ce marché

A force d’entendre Donald Trump dire qu’il veut armer les professeurs, certains ironisent en déclarant que les enfants feraient mieux d’arriver à l’école munis de gilets pare-balles. Ils ne sont pourtant pas très loin de la réalité. Hardwire Armor Systems, une société qui jusqu’ici fournissait essentiellement l’armée et la police américaines, a senti le bon filon.

Lire aussi: Fusillade de Parkland: la difficile chasse aux complotistes sur Internet

Spécialisée dans la consolidation de véhicules déployés dans des zones de guerre pour qu’ils résistent aux explosifs artisanaux ainsi que dans l’équipement d’unités de police, elle propose désormais des sortes de boucliers pare-balles adaptés aux écoles. Aux Etats-Unis, pas au fin fond de l’Irak ou de l’Afghanistan.

Des boucliers à 1000 dollars

En créant Hardwire Armor Systems en 2000, George Tunis s’est d’abord lancé avec sa petite équipe dans la production de matériaux résistants aux tremblements de terre. Les attentats du 11 septembre 2001 l’ont ensuite rapidement poussé à s’intéresser à l’armée américaine, dont il propose de consolider et protéger les véhicules, avions, bateaux et forces de sécurité avec du matériel ultra-résistant. Depuis la fusillade de Sandy Hook à Newton dans le Connecticut en décembre 2012, l’entreprise, qui tait son chiffre d’affaires, a une nouvelle fois diversifié son offre et développé plusieurs matériaux en fibres Dyneema (polyéthylène) pour les écoles.

Nos boucliers, plaques et clipboards pare-balles sont utilisés partout aux Etats-Unis. Des écoles des 50 Etats y recourent pour rendre les salles de classe plus sûres

George Tunis, directeur de Hardwire Armor Systems

Elle fabrique notamment, pour des prix allant jusqu’à 1000 dollars, des sortes de boucliers de 1,5 kilo qui peuvent être brandis en cas d’irruption d’un fou armé, mais aussi, pour 2299 dollars, des plaques autocollantes censées stopper les trajectoires de balles, à fixer sur les portes des salles de classe, ainsi que des panneaux pare-balles à glisser dans les sacs d’école. Ce dernier produit existe même en rose fluo, histoire de plaire aux filles. La fusillade du 14 février à Parkland, en Floride, a poussé toujours plus de parents inquiets à transformer les sacs de leurs enfants en bagages blindés. Les clipboards de format A4, ces planches à pince utilisées pour retenir des feuilles et qui ont l’apparence de vrai matériel scolaire, semblent par contre plus anecdotiques.

Un kit de survie

Depuis 2013 déjà, la Worcester Preparatory School de Berlin, dans le Maryland, Etat où est basée Hardwire Armor Systems, a intégré ces boucliers dans chacune de ses salles de classe. Mais depuis le drame de Parkland, les ventes de Hardwire Armor Systems explosent, confirme George Tunis au Temps, en refusant toutefois d’articuler le moindre chiffre. «Nos boucliers, plaques et clipboards pare-balles sont utilisés partout aux Etats-Unis», assure le directeur. «Des écoles des 50 Etats y recourent pour rendre les salles de classe plus sûres.»

Lire aussi: Aux Etats-Unis, la menace invisible des armes faites maison

L’école endeuillée de Parkland n’avait pas ce genre d’objets. Mais, George Tunis en est convaincu, dans un scénario «cours, cache-toi ou combats», ces boucliers auraient pu être utilisés pour tenter de neutraliser le tueur. Une allusion à l’entraîneur de l’équipe de football de l’école, tué sous les balles de Nikolas Cruz. «S’il avait eu ce bouclier, avec sa taille, sa corpulence et son courage, il aurait forcé le tireur à vider son chargeur et ensuite, sans munitions, celui-ci aurait eu à affronter un entraîneur balaise. Je sais que cela aurait fait la différence», a souligné le directeur à l’AFP.

Hardwire Armor Systems n’est pas la seule entreprise à se lancer dans ce nouveau marché. Sur son site internet, sous l’onglet consacré à la sécurité dans les écoles, BulletBlocker propose par exemple cinq sacs d’école blindés à des prix allant de 199 à 330 dollars, dont un très «girly», en solde. Pour 450 dollars, vous pouvez même acheter un «Survival Pack and Safety Kit». «Cette offre permettra de sauver des vies dans ces périodes de besoins extrêmes. Soyez préparés et améliorez vos chances de survie», précise la légende. On y trouve notamment un sac à dos résistant aux armes, une petite radio autonome, une pharmacie, trois rouleaux de papier toilette, des pochettes d’eau potable, une couverture chauffante, des sticks lumineux. Et de la bande adhésive orange fluo, «pour scotcher un stick lumineux sur la vitre afin de signaler à l’extérieur que la classe est occupée», précise le site.

Des abris pour enfermer 35 élèves

Dans l’établissement scolaire de Healdton, dans l’Oklahoma, un pas de plus a été franchi, rappelait récemment la chaîne de télévision ABC. Le directeur de l’école vient d’acheter sept abris anti-balles, dans lesquels les écoliers peuvent se réfugier et s’enfermer en cas de fusillade. Ils sont fabriqués par l’entreprise Shelter-In-Place, basée dans l’Utah, et peuvent chacun accueillir 35 élèves et deux enseignants. A la base, ces abris, qui coûtent environ 30 000 dollars, étaient notamment pensés pour résister aux catastrophes naturelles. Mais ses concepteurs les veulent multiusages, et ils protègent également des balles. D’ailleurs, toutes les armes utilisées lors de fusillades ont été testées sur la structure, y compris des AR-15 et des AK-47. D’autres écoles ont préféré se doter de salles entièrement blindées, façon bunker, pour des montants allant jusqu’à 400 000 dollars.

Lire:  L’éveil de la génération anti-armes

A Healdton, le directeur de l’établissement a tenu à servir lui-même de cobaye: Terry Shaw s’est enfermé dans une des structures pendant que des hommes déchargeaient des balles sur l’abri avec des armes semi-automatiques. Il en est ressorti sans la moindre égratignure, mais en déclarant tout de même avoir vécu quelque chose de «surréaliste».

Publicité