L’Organisation mondiale du commerce (OMC) a publié jeudi à Genève la mouture 2013 de son rapport annuel sur les échanges internationaux. Pour la première fois, le document phare de l’OMC, considéré par certains comme la bible de l’analyse du degré d’ouverture commerciale transfrontalière, a adopté une vision prospective à long terme. «Un exercice intellectuel, pour cette 8e et dernière édition sous ma conduite, visant une approche plus large de l’évolution du commerce mondial», résume Pascal Lamy, directeur général de l’institution.

L’OMC s’est aventuré à simuler l’avenir des échanges jusqu’en 2035. «Le seul exercice jamais réalisé à cette échelle géographique et temporelle. Ceci, même si la méthode reste contestée par certains scientifiques», nuance Patrick Low, économiste en chef de l’OMC. Résultat: les pays en voie de développement pourraient dépasser de trois fois les économies développées en termes de croissance des exportations et du PIB.

«Le Sud s’est déjà emparé de l’avant-scène», signale le professeur Danny Quah, de la London School of Economics and Political Science. A certains égards, indique l’étude, les pays émergents sont confrontés aux mêmes difficultés que les pays industrialisés, laissant percer le groupe des «onze prochains» (Bangladesh, Corée du Sud, Égypte, Indonésie, Iran, Mexique, Nigeria, Pakistan, Philippines, Turquie et Vietnam).

Population et boule de cristal

Autre constat: «Nous avons été surpris que la marche des affaires soit dominée par un petit nombre de grandes entreprises, indique Patrick Low. Cela pose la question des bénéfices du libre-échange.» A ce titre, seul l’essor des chaînes d’approvisionnement mondiales pourrait améliorer le sort des petites et moyennes entreprises.

Le rapport souligne aussi l’importance des services et des investissements, «dont la contribution est encore sous-estimée», dans la mesure du commerce en valeur ajoutée. D’où le besoin d’adapter, selon Pascal Lamy, l’agenda des négociations à l’OMC, dont l’inertie est «un fardeau de plus en plus pesant». «Sans oublier la prolifération des accords commerciaux préférentiels «profonds», que nous ne comprenons pas toujours», reconnaît Patrick Low.

Dernier élément saillant de l’étude: les «retombées démographiques». «Les futurs champions économiques seront ceux avec une population jeune», estime Danny Quah. Et de préciser: «Dans dix ans, il y aura 160 millions de retraités en plus en Chine, et 150 millions de jeunes supplémentaires au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.» Ce qui constitue la fois une chance et un risque. «Le coût d’une population vieillissante peut être compensé par la sécurité qu’elle inspire aux investisseurs, a contrario d’une démographie encline à manifester en cas de chômage», prévient-il.

Toutefois, si le centre de gravité commercial se déplace de l’Atlantique vers l’Asie, la Chine est vue davantage comme un danger que comme une opportunité par plus de 60% des jeunes aux Etats-Unis et en Europe.

Quid du ralentissement la croissance chinoise? «Il faut comparer les chiffres absolus, prévient Pascal Lamy. Les 7,5% actuels sont supérieurs de 100 milliards au 10% d’il y a dix ans.»