«Lever des capitaux en Grèce pour les entreprises est de nouveau possible»

Finance Pour le président exécutif de la bourse d’Athènes, Socrates Lazaridis, la confiance des investisseurs devrait se consolider en 2014

Les entrepreneurs helléniques peuvent en profiter

Dans le hall de l’immeuble moderne de la bourse d’Athènes, juste à côté des écrans informatiques où chiffres et courbes évoluent en direct, une série de tableaux est consacrée aux dieux et déesses de l’Antiquité. Détail amusant: celui situé près de l’ascenseur menant au bureau de son président, Socrates Lazaridis, représente la déesse Athéna. Sous-titre: «Elle enseigne aux entrepreneurs la sagesse et la patience». Un message approprié pour un marché boursier local toujours en convalescence. En baisse d’environ 4% en décembre, l’index du Hellenic Stock Exchange tourne, après trois années de tumulte financier, autour des 1140 points. Contre environ 5000 points au début 2009. Juste avant l’éclatement de la crise…

Le Temps: Selon le gouvernement, l’économie grecque pourrait, en 2014, enfin sortir de six années de récession consécutives. Le moment est-il donc venu, pour les investisseurs, de s’intéresser de nouveau à la bourse d’Athènes?

Socrates Lazaridis: C’est déjà le cas. Notre bourse n’est plus taboue pour les investisseurs. Même s’il a baissé ces dernières semaines, notre index boursier affiche 22,4% de hausse en 2013, et notre volume annuel de transactions est, lui, en augmentation de 55,8%. Nous avons touché le fond et nous sommes en train de rebondir. 2,1 milliards d’euros de capitaux étrangers ont, cette année, été investis en actions grecques. L’argent revient. Il ne quitte plus la Grèce.

– Est-ce le résultat d’opérations spéculatives ou d’un réel retour de la confiance?

– Si j’en crois mes interlocuteurs à Londres ou à New York, l’appétit pour la Grèce est réel. Je pense que la recapitalisation réussie de nos quatre grandes banques (ndlr: Alpha, National Bank of Greece, Piraeus, Eurobank) en juillet 2013 a marqué un tournant. La solidité de ces institutions financières systémiques est confirmée, et nous avons senti dans la foulée un net redressement du marché. J’en prends pour preuve un changement majeur: jusqu’à cette année, les investisseurs nous interrogeaient avant tout sur le fameux «Grexit», la possible sortie de la Grèce de la zone euro. Désormais, ils nous questionnent sur les secteurs économiques prometteurs. Le «Grexit» ne fait plus partie des scénarios. C’est essentiel.

– Les entrepreneurs grecs rencontrent toujours d’énormes difficultés pour se financer via les banques. Peuvent-ils envisager à nouveau de lever des capitaux en bourse?

– C’est notre défi. La dernière introduction en bourse d’une entreprise grecque remonte… à 2007! Vous voyez donc que nous avons de sérieux efforts à faire. Mais je suis persuadé que le marché boursier hellénique est en train de redevenir attractif. Lever des capitaux en Grèce pour les entreprises est de nouveau possible. Il y a, ici, des firmes qui gagnent de l’argent et qui ont un potentiel pour en gagner bien plus si elles investissent. Je pense au secteur du tourisme, mais pas seulement. La privatisation réussie de l’OPAP, la loterie hellénique achetée cette année par un fonds gréco-tchèque basé à Chypre pour 622 millions d’euros, prouve que les choses bougent enfin. Nous sommes aussi en train de mettre sur pied de nouveaux dispositifs de financement pour les «start-up» et les entrepreneurs innovants.

– Mais encore?

– Notre rôle, comme opérateur boursier, est aussi de répondre à la demande des investisseurs étrangers. Deux nouveaux index boursiers grecs vont voir le jour en 2014: le premier pour les entreprises les plus exportatrices, le second pour les entreprises dont les fondamentaux sont jugés les plus stables. Notre priorité est de redevenir une place financière active et liquide. La liquidité du marché est l’une des conditions de la reprise économique en Grèce.

– Vous avez évoqué l’obstacle du financement bancaire, quelles sont les autres difficultés rencontrées, après trois années de crise, par le secteur privé en Grèce?

– La plus importante est aujourd’hui l’instabilité administrative et fiscale. Tout change en permanence. De nouvelles lois sont adoptées en urgence, conformément aux engagements pris dans le cadre du «mémorandum» avec l’Union européenne et le Fonds monétaire international. De nouveaux impôts sont créés. Des avantages fiscaux sont démantelés, puis parfois réintroduits. C’est intenable. Le second problème est le prix très élevé de l’énergie. Ce qui pose la question de la dépendance énergétique de l’Union européenne en général et de la valeur de l’euro. La crise grecque n’explique pas tout.