«Pour beaucoup, le système politique américain est relativement juste et impartial, particulièrement lorsqu'il se compare à d'autres gouvernements.» Posée en préambule d'une étude académique* publiée à point nommé aux Etats-Unis, à quelques jours des élections de mi-mandat, cette constatation ne résiste pas longtemps à l'examen des faits. Ce travail, conduit par trois universitaires, examine le lien entre les donations électorales des sociétés cotées et leur performance boursière.

Il a en effet été démontré de longue date que les enveloppes récoltées par un candidat amélioraient ses chances de gagner une élection. «Mais est-ce que les contributions augmentent le «bien-être» d'une société donatrice?» s'interrogent les auteurs de l'étude. Un bien-être qui serait mesuré par la progression du cours de son action? Oui, sans le moindre doute. En se basant sur les campagnes électorales qui se sont déroulées entre 1979 et 2004, ces derniers ont constitué à l'appui de leurs travaux un échantillon que les professionnels qualifieraient de statistiquement valable. Il capture 70% du volume total des dons effectués par des sociétés qui représentent en moyenne 60% de la capitalisation boursière totale des Etats-Unis.

L'étude démontre que non seulement les sociétés qui soutiennent financièrement des candidats sont plus performantes que les autres en Bourse, mais que plus elles soutiennent de candidats, plus leur surperformance est élevée dans l'année qui suit le scrutin. Et le retour sur investissement est loin d'être négligeable: pour chaque dollar misé sur un politicien, une société cotée voit sa capitalisation boursière augmenter de 6500 dollars annuellement! Un effet «absurdement élevé» de l'aveu même des auteurs, mais qui s'explique au moins en partie. En épaulant des membres du Congrès, une entreprise accroît ses chances de voir ces derniers défendre des législations qui lui sont favorables. Qu'elles se traduisent par de nouveaux contrats, des baisses d'impôt, ou qu'elles pénalisent la concurrence, ces lois engendrent in fine une amélioration de ses performances opérationnelles... et aiguillonnent logiquement son cours de Bourse.

Mais tel n'est pas le seul enseignement de l'étude. Historiquement, les candidats républicains ont toujours reçu plus de contributions que leurs homologues démocrates. Et pourtant, l'effet d'un don est d'autant plus positif pour la société qui en est à l'origine qu'il bénéficie à un démocrate. De même, il est plus fructueux de choyer un candidat à la Chambre des représentants qu'un aspirant sénateur.

*Corporate political contributions and stock returns, publié le 27 octobre.