La fronde de ses propres actionnaires a fait reculer pour la deuxième fois Werner Seifert, président du directoire de Xetra, l'opérateur boursier de Deutsche Börse, dans sa tentative de rachat de la Bourse de Londres, le London Stock Exchange (LSE).

Dimanche soir, après une dernière discussion pour convaincre ses actionnaires, Werner Seifert a retiré son offre de rachat. Pour autant, et malgré tous les analystes financiers qui estiment qu'«après un tel échec n'importe quel manager raisonnable se retirerait», le patron de la Bourse de Francfort n'envisage pas de démissionner. «La question n'est pas à l'ordre du jour», a répondu un porte-parole de Deutsche Börse.

Têtu et inflexible, parfois rugueux, Werner Seifert, dont la grande vision a toujours été l'intégration des marchés financiers européens, ressort toutefois fragilisé de sa nouvelle tentative, lui qui rêvait de créer le deuxième plus grand opérateur boursier au monde. Au moins 40% des actionnaires s'étaient ligués contre lui.

A l'origine de la fronde, des fonds américains et britanniques qui demandent la convocation d'une assemblée générale pour renverser la direction. Le nom du patron de la Bourse de Zurich, Reto Francioni, a même déjà été avancé pour le remplacer. De plus, les milieux politiques et économiques allemands, en particulier le Land de Hesse, avaient manifesté ces derniers temps leur inquiétude devant la menace d'un transfert des activités de Francfort vers Londres en cas de réussite du projet.

Il y a cinq ans, Werner Seifert rebutait une première fois ses interlocuteurs de la place de Londres par ses conditions draconiennes. Plus récemment, il échouait dans sa tentative de rapprochement avec la Bourse de Zurich. Pour sa deuxième tentative londonienne, il avait tenté une opération de charme. Voulant rassurer sur son avenir la présidente du marché britannique, Clara Furse, il laissait entendre que le siège de la nouvelle Bourse pourrait être installé sur les bords de la Tamise. Il s'était aussi montré prêt à réévaluer son offre de rachat, qui portait à fin janvier sur 5,30 livres par action, soit un montant de 1,9 milliard d'euros.

Pression des fonds spéculatifs

Au final, toutefois, Werner Seifert a dû renoncer parce que «le LSE n'était pas disposé à recommander une transaction à un prix acceptable». En fait, il a surtout reculé devant les fonds spéculatifs, tels Children's Investment Fund (TCI), avec 5,5% des actions, ou Atticus Capital (5,1%), rejoints par le grand investisseur institutionnel américain Fidelity Investment (4,5%). Dès lors, son avenir est d'autant plus incertain que Deutsche Börse n'a plus guère de perspectives de croissance devant elle. De plus, l'opérateur boursier Euronext (Paris, Amsterdam, Bruxelles et Lisbonne) pourrait bien se porter candidat au rachat du LSE.

Rolf-E. Breuer, président de l'organe de surveillance, qui avait fait venir Werner Seifert à la tête de Deutsche Börse en 1993, pourrait lui aussi être menacé, selon l'édition dominicale de la Frankfurter Allegemeine, qui prête à Nathaniel Rothschild, l'homme qui se trouve derrière Atticus Capital, l'intention de le remplacer par son propre père, le baron Jacob Rothschild.

Le nouvel échec de Werner Seifert sera-t-il pour ce fils de musiciens suisses, âgé de 55 ans, la fin d'une grande idée? A l'ère de l'internationalisation des marchés, il reste persuadé que les Bourses nationales n'ont aucun avenir et que la technologie, toujours plus coûteuse, est le nerf de la guerre. Cet ancien dirigeant de Swiss Re avait déjà mis sur pied l'organisme de surveillance des Bourses allemandes, Bundesaufsichtamt, et créé Eurex, premier marché à terme, avec la Bourse de Zurich. Par contre, il a dû fermer en 2003 sa création, le Neuer Markt pour les valeurs technologiques, et a échoué dans ses projets de coopération avec Paris et Zurich.