Semaine catastrophique pour l'indice Nasdaq

Près de –10% depuis mardi, premier jour ouvrable cette semaine aux Etats-Unis; –11% depuis le début de l'année; –57% depuis son plus haut niveau de mars 2000: le Nasdaq n'en finit pas de chuter. Vendredi, il s'est repris de justesse de 0,67% en fin de séance pour s'établir à 2260 points. Les derniers jours écoulés n'ont pas été brillants non plus sur les deux autres grands indices américains. Le Dow Jones, qui terminait vendredi en baisse de 0,83% à 10 439,87 points, a perdu 3,7% depuis mardi et le S & P 500 (–0,59% vendredi soir en fin de séance) a lâché 5,3% en quatre jours. Un des titres les plus chahutés de la journée de vendredi était Qualcomm, qui perdait près du quart de sa valeur après qu'il eut annoncé que les développements dans le sans-fil pourraient être retardés de deux ans.

Prévisions pour le quatrième trimestre difficiles à établir

Mais ce sont avant tout les profit warning de Motorola, actif dans les télécommunications, et de Sun Microsystems qui ont précipité à nouveau les marchés dans le rouge. Le premier a révisé à la baisse ses objectifs de chiffre d'affaires et de bénéfice pour les trois premiers mois de 2001 en raison de «la nette faiblesse de ses entrées de commandes». Il craint même que l'exercice trimestriel ne se solde par une perte. Quant au second, il a averti la communauté financière jeudi soir qu'il tablait sur un bénéfice opérationnel par action de 7 à 9 cents au troisième trimestre (janvier-mars), nettement inférieur aux attentes des analystes qui prévoyaient un bénéfice de 15 cents par action. Le groupe informatique a également annoncé qu'il était dans l'impossibilité d'établir des prévisions pour le quatrième trimestre.

Action énergique et rapide de la Fed?

C'est dire le peu de visibilité dont les acteurs économiques disposent pour évaluer l'évolution de l'activité outre-Atlantique ces prochains mois. Hard ou softlanding, la question ne se pose plus sur les marchés. Bien qu'Alan Greenspan, président de la Réserve fédérale américaine, ait fait preuve d'un certain optimisme il y a dix jours, estimant que le trou d'air était passager, les marchés et les spécialistes n'en sont pas convaincus du tout. «On est passé du scénario en V (chute et relance rapide de la croissance, ndlr) à un scénario en U (reprise plus lente, ndlr). Au pire, on peut évoquer le scénario en L, à l'image de ce qui se passe au Japon», avertit Pascal Bétrisey, analyste chez Darier Hentsch & Cie. Une telle issue reste, pour l'instant, très hypothétique, nuance notre interlocuteur, mais le simple fait que la communauté financière l'évoque est symptomatique de son pessimisme accru. Ce qui pourrait aider l'économie et les marchés? Une action énergique et rapide de la Fed. Mais les derniers chiffres de l'inflation (+0,6% en janvier par rapport à décembre, deux fois supérieure aux attentes des analystes) refroidissent quelque peu cet espoir. D'où la crainte d'entrer dans une période, honnie par les Bourses, de stagflation.

La période des soldes à Wall Street, annoncée depuis quelques jours, n'a donc pas encore commencé. Même si un grand nombre de valeurs ont été sacrifiées depuis près d'un an, certaines d'entre elles restent chères, note Pascal Bétrisey. Il est impossible de prédire quand les marchés auront touché leur plancher mais, se risque le spécialiste, la fin du marché baissier n'est peut-être pas si éloignée. Une telle issue se produit lorsque l'on atteint le plus haut point de pessimisme, illustré par des ventes paniques. Qui désormais peuvent intervenir à tout moment.