Après la tempête, retour au calme mardi sur les marchés. Du moins pendant quelques heures. De l’Asie aux Etats-Unis, en passant par l’Europe, toutes les bourses affichaient un rebond dans la matinée. Seule exception: la place de Moscou, particulièrement vulnérable aux fluctuations des prix du pétrole, en chute libre. Mais cette dernière était fermée lundi, alors que la panique boursière contaminait le monde entier. Le SMI (Zurich), le DAX (Francfort) et le FTSE 100 (Londres) montraient tous des hausses supérieures à 3%, tandis que les contrats à terme sur les indices américains laissaient entrevoir un bond supérieur à 4% à l’ouverture des marchés.

L’espoir de mesures de relance a maintenu les bourses dans le vert pendant plusieurs heures. Au Japon, en Europe, mais aussi aux Etats-Unis, les responsables politiques planchent sur des soutiens à l’économie. Ils seront de «grande ampleur», a promis Donald Trump lundi soir.

Cela n’a pas duré. Une baisse supplémentaire des prix du pétrole par l’Arabie saoudite a fait perdre leur élan aux bourses en fin de matinée. Puis, c’est Wall Street, d’abord en hausse, qui a affiché un petit recul, contaminant les places européennes. En fin de journée, le SMI perdait même 0,1%.

Pas de place pour la complaisance

A côté, le soutien des banques centrales est considéré comme crucial pour éviter que la crise sanitaire ne se transforme en crise financière. «Les banques centrales et les autorités budgétaires n’ont aucune place pour la complaisance», prévient Karsten Junius, chef économiste de la banque J. Safra Sarasin. Les banques centrales doivent prévenir un resserrement des conditions monétaires en baissant les taux et en relançant des programmes de rachat d’actifs (QE), tout en fournissant de la liquidité, ajoute-t-il dans une note. Selon lui, la Fed devrait d’ailleurs encore baisser de 50 points de base son taux d’intérêt lors de sa prochaine réunion, le 18 mars.

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En Europe, une décision de la BCE est attendue jeudi. Les spécialistes misent sur une baisse de taux (10 points de base), une augmentation du QE en cours et un nouveau programme de prêts d’urgence aux banques. Même la Banque nationale suisse pourrait réduire son taux d’intérêt: elle devrait l’abaisser à -1% au cours du deuxième trimestre, d’après Credit Suisse.

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Sur les marchés cependant, le point bas n’a peut-être pas encore été touché, avertissait Thomas Stucki dans une note publiée lundi matin, observant la ruée des investisseurs inquiets sur les obligations souveraines jugées sûres. Ce point n’a été atteint ni dans l’économie, ni sur les marchés financiers. Le responsable des investissements de la Banque cantonale de Saint-Gall ajoutait mardi qu’un «grand nettoyage avait eu lieu», mais que le plus important risque de baisse se trouve encore aux Etats-Unis, «au cas où des grandes villes devaient être confinées. Mais ce n’est pas le scénario que je prévois», a-t-il ajouté.

Redémarrage dans trois à six mois

Même prudence du côté de Credit Suisse: «Nous pensons qu’il est encore trop tôt pour voir les dislocations actuelles du marché comme une opportunité de trading», prévient dans une note Michael Strobaek, responsable des investissements de la banque. Pour lui, les Etats-Unis et l’Europe devraient pouvoir contenir le virus de façon à éviter de plonger l’économie mondiale dans la récession. «Cela devrait permettre aux actions de regagner le terrain perdu dans les trois à six prochains mois», estime-t-il.

Plus pessimistes encore, les analystes de Saxo Bank, cités par l’AFP, considèrent que «le pire est devant nous. L’hémorragie boursière ne va certainement pas s’arrêter de sitôt.» L’indice de la volatilité, le VIX, qui donne une indication de la peur sur les marchés, en baisse depuis lundi, reste d’ailleurs à un niveau jamais vu depuis la crise financière de 2008. Pause ou fin de la panique boursière, mardi a en tous les cas été l’occasion de souffler dans les places financières des quatre coins du monde.

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