En 1997, les investisseurs les avaient ignorées. Au premier trimestre 1998, en revanche elles retrouvent une nouvelle jeunesse. Elles, ce sont les sociétés cotées à la Bourse Suisse et actives au périmètre du secteur de la construction.

En chiffres, cela se traduit par une hausse substantielle. Arbonia-Forster, spécialiste des appareils de chauffage, des installations frigorifiques et de la technique des tubes d'acier, voit son action progresser de 21% depuis le début de l'année. La hausse du titre Forbo, fabricant de revêtements de sols, dépasse les 32%. Pour Céramique Laufon, qui produit des carrelages pour les sols et pour les murs, des appareils sanitaires et de la céramique pour la construction, le saut est de 28%, de même que celui de l'action Sika, société active dans la chimie de la construction. La palme de la plus forte progression revient à Swiss Steel, dont l'une des divisions produit de l'acier de construction et du béton armé, et qui voit son titre bondir de plus de 40% (lire ci-dessous).

Restructuration profonde

Les explications de ce soudain regain sont multiples. La première se trouve dans la situation de la construction. Après des années de récession, les experts estiment que le secteur a touché le fond. Les prévisions pour 1998 sont légèrement positives et permettent d'anticiper une amélioration pour les entreprises proches du secteur.

La seconde cause se situe à l'intérieur des entreprises. Durement touchées par la crise, elles n'ont eu d'autre solution que de se restructurer en profondeur pour s'adapter à la nouvelle réalité. Pour plusieurs d'entre elles, comme Arbonia-Forster, le processus est arrivé à son terme. Allégées, recentrées sur leurs activités de base, ces entreprises possèdent dorénavant de bons atouts pour profiter plus que proportionnellement du moindre sursaut du marché.

Dans leur sillage, ces sociétés en entraînent d'autres où la réorganisation n'est pas terminée. A l'instar de Swiss Steel ou de Céramique Laufon. Les investisseurs spéculent sur des jours meilleurs sans véritable garantie. A leur décharge, il faut relever qu'une majorité de ces groupes ont plusieurs cordes à leur arc. «Arbonia ou Swiss Steel, par exemple, ont chacune une branche spécialisée dans l'acier. Un secteur où les prix remontent, ce qui améliore les perspectives de bénéfice», relève René Weber, analyste à la Banque Vontobel à Zurich.

Reste que le phénomène ne paraît pas toujours rationnel. D'ailleurs, les petites valeurs proches du secteur de la construction ne sont pas les seules à voir leur prix bondir. Dans le secteur des machines, par exemple, la situation est analogue.

«Nous vivons une période de frénésie boursière, de fin de hausse. Pendant les années d'euphorie, les investisseurs ont surtout misé sur les grandes valeurs. Aujourd'hui, ils redécouvrent les titres qu'ils avaient délaissés», estime Jean-Luc Lederrey, analyste à la Banque Cantonale de Genève. Et comme les capitalisations boursières sont, en général, de moindre importance, il suffit de quelques ordres passés le même jour pour que les prix flambent.