La bourse de Shanghai à la portéedes investisseurs internationaux

Placements Hongkong se prépare à être reliée aux actions cotées au SSE

Le feu vertdes autorités se fait cependant attendre

Il y a Youngor, un des plus gros fournisseurs de l’industrie textile qui possède aussi sa chaîne de prêt-à-porter. Ou Shenzhen Gas, groupe énergétique actif au sud de la Chine. Ou encore Aerosun, fabricant, entre autres, de véhicules équipés pour la «collecte d’ordures et le compactage», des camions poubelles. Ces sociétés ont un point commun: elles sont uniquement cotées à la bourse ­de Shanghai (SSE), qui se pré­pare à s’ouvrir aux investisseurs étrangers.

Cette ouverture porte le nom de code stock connect, un partenariat exclusif établi avec la bourse de Hongkong (HKEx) qui, en retour, passera les ordres venant de Chine continentale sur son marché. Plusieurs opérateurs espéraient que la plateforme fonctionnerait dès lundi de la semaine dernière, parce qu’en avril, le premier ministre Li Keqiang avait évoqué une mise en œuvre dans six mois. La veille, cependant, un communiqué de HKEx a douché leurs espoirs, car le feu vert officiel se fait attendre. Sans raison. D’aucuns pointent néanmoins du doigt les manifestations pro-démocratie qui durent depuis plus d’un mois. En différant la date du lancement, Pékin sanctionnerait ainsi Hongkong, la privant de l’accès à ce nouveau marché.

Au 12e étage du One International Finance Centre, bâtiment dans lequel HKEx a son siège, James Fok regarde les manifestants. On aperçoit, au loin, leur campement. Mais il ne fera pas de commentaire. Le responsable de la stratégie de la bourse hongkongaise, elle-même cotée et dont le gouvernement est le premier actionnaire (5,9% du capital), estime que le lancement de stock connect «devrait être relativement rapide. Nous sommes prêts. Tout dépend maintenant des autorités» de régulation.

En août, la capitalisation totale de la bourse hongkongaise pesait deux fois celle de Zurich, celle Shanghai se situant entre les deux. Stock connect prévoit l’accès à plus de 500 titres du SSE (actions dites A, en renminbi), dont les plus importants. Soit plus de deux fois le nombre de groupes chinois (actions H) déjà cotés à Hongkong. «C’est un grand pas, pour nous et pour les investisseurs», avance James Fok. L’occasion d’avoir un meilleur accès «au marché continental, et à un coût plus bas», selon lui. Des titres chinois très demandés, en témoigne aussi l’intérêt de la bourse suisse, qui doit lancer mercredi un nouveau segment comportant quelques sociétés chinoises, dont le moteur de recherche Baidu.

En milieu de semaine dernière, le régulateur de Hongkong a indiqué que tout était en ordre de son côté. Vendredi, la presse hong­kongaise a évoqué la reprise des tests techniques, mais sur le feu vert, les autorités centrales restent silencieuses.

Dans une note publiée cet été, UBS voyait le lancement de stock connect comme une démocratisation du marché chinois des actions. Tout en relativisant sa portée: un système de quotas limite, pour le moment, le volume total accessible à 2% de la capitalisation de SSE. Mais un succès pourrait conduire à un accès à la troisième bourse chinoise, celle de Shenzhen, espère la banque.

Le supposé retard des autorités s’explique peut-être par la crainte d’une ouverture incontrôlée, qui justifie ces quotas. James Fok se souvient de l’année 2007. En quelques jours, l’indice Hang Seng s’était envolé, passant de 20 000 à 30 000 points après la première annonce d’un projet entre HKEx et SSE. Il rappelle aussi que le marché chinois des capitaux «reste fermé, raison pour laquelle les quotas permettent de gérer les flux afin d’en avoir dans les deux sens, pour maintenir un équilibre». En particulier parce que les deux marchés sont très différents: «A Hongkong, 70% des acteurs sont des investisseurs institutionnels, tandis qu’en Chine continentale, 80% du volume vient de particuliers» qui passent énormément d’ordres «et ne font pas vraiment confiance aux gérants de fonds pour gérer leurs avoirs».

D’autres obstacles retardent peut-être encore le lancement. Comme le règlement des conflits. Acheter des titres chinois ne sera pas sans risque car, par exemple, les sociétés cotées à Shanghai ne sont pas tenues de publier leurs rapports en anglais, une occasion pour cacher des informations aux actionnaires étrangers. «Dans tous les marchés, il y a de mauvaises sociétés. Il y aura des problèmes, mais grâce à leur haut degré de collaboration, les régulateurs trouveront une façon pragmatique de les régler», rassure James Fok.

La structure de ces marchés pourrait en revanche simplifier leur surveillance. Contrairement à l’Europe et aux Etats-Unis, la bourse de Hongkong continue d’exercer un monopole. En outre, un droit de timbre prélevé sur chaque transaction limite la présence des traders à haute fréquence. Car avec cette taxe, investir dans leur «course à l’armement technologique n’en vaut pas la peine», souligne James Fok.

HKEx partagera la moitié des commissions générées par le volume d’ordres avec SSE. Au-delà de cet enjeu, il s’agit pour elle de «jouer un rôle très important dans l’internationalisation du marché chinois des capitaux», espère James Fok.

Le supposé retard des autorités s’explique peut-être par la crainte d’une ouverture incontrôlée