David contre Goliath. C'est l'image qui était reprise dans la presse suédoise, hier, après la surprenante initiative de la petite Bourse de Stockholm de lancer une offre d'achat sur «la» grande place financière européenne: le London Stock Exchange (LSE)! Des pourparlers ont eu lieu en ce sens, jeudi et vendredi, entre les conseils d'administration des deux sociétés. Et finalement, la Bourse de la capitale suédoise, baptisée OM Gruppen, s'est jetée à l'eau, en lançant la première OPA hostile du genre. On imagine aisément la grimace des dirigeants de la très respectée institution britannique en apprenant la nouvelle…

Leur réponse n'a d'ailleurs pas tardé à fuser, un brin condescendante: «Nous n'avons aucune hésitation à rejeter l'offre d'OM, que nous croyons nettement moins attirante que notre proposition de fusion avec la Deutsche Börse», la bourse de Francfort, en vue de créer iX, a réagi Don Cruickshank, le président du conseil d'administration du LSE dans un communiqué. Du reste, a-t-il ajouté, «pour nos actionnaires, la valeur de l'offre est dérisoire». OM Gruppen a proposé 27 livres par action du LSE, une offre 15% supérieure à son cours de clôture, vendredi soir.

A Stockholm, on reconnaît que la réaction offusquée du leader européen était «très prévisible», selon le PDG d'OM Gruppen, Per Larsson. «Nous sommes déterminés à ce que le marché de Londres ait une meilleure alternative que les propositions imparfaites concernant iX», a-t-il néanmoins assuré. Aussi la Bourse de Stockholm, conseillée par la banque Lazard, compte-t-elle faire une nouvelle annonce «en temps voulu», a indiqué Per Larsson, sans préciser laquelle. Citant des sources bancaires, le Sunday Telegraph de Londres croyait savoir, hier, qu'OM s'adresserait directement aux actionnaires du LSE en début de semaine, pour les convaincre du bien-fondé de son offre.

Celle-ci n'est pas sans risque pour la Bourse de Stockholm: d'un montant de 800 millions de livres (1,18 milliard de dollars), elle équivaudrait à un tiers de sa valeur de marché. OM Gruppen pèse bien peu en comparaison de son rival londonien: il représente tout juste 5% de l'index Eurotop 300, contre 34% au LSE. La place financière suédoise gère depuis peu une nouvelle Bourse électronique, Jiway, avec une banque d'investissements américaine. Elle est aussi l'architecte de Norex, une plate-forme de coopération entre des Bourses nordiques et baltes.

Si une victoire suédoise paraît très peu probable aux analystes, ils estiment toutefois que l'OPA risque de compliquer la fusion prévue entre Londres et Francfort. «Ce n'est pas invraisemblable que 20% à 30% des actionnaires (du LSE) changent de camp si on leur offre 27 livres par titre», a noté un analyste cité par Reuters. Or les dirigeants du LSE éprouvent de grandes difficultés, ces derniers temps, à convaincre un nombre suffisant de leurs actionnaires (75%) pour que le mariage soit entériné. Certains courtiers ont peur de ne pas s'y retrouver dans iX, d'autres déplorent un manque d'informations. Le vote sur la fusion, prévu le 14 septembre, s'annonce très serré.

D'ores et déjà, l'offre d'OM est exploitée par des indécis ou des opposants à iX. L'Association britannique des gestionnaires et courtiers en patrimoine s'est empressée de demander un report du vote. Pour sa directrice générale, Angela Knight, il faut que les actionnaires aient le temps de «décider de la meilleure solution» pour le LSE. Elle a en outre demandé que celui-ci rende publics les termes d'une offre faite récemment par un groupe mené par Paris Bourse. Selon des sources citées par Reuters, celle-ci serait similaire au plan de fusion avec la Deutsche Börse.