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La bourse suisse mise sur le yuan chinois

La devise chinoise continue de gagner en importance à l’international, en dépit d’une volatilité plus prononcée face au dollar. L’accès facilité aux actions de Chine continentale renforcera aussi l’attrait du yuan pour les investisseurs

La bourse suisse mise sur le yuan chinois

Monnaies La devise chinoise gagne en importance à l’international

La hausse du renminbi est toutefois freinée

La bourse suisse a soigneusement mis en scène le lancement du premier fonds qui donne aux investisseurs helvétiques un accès direct aux actions de Chine continentale libellées en yuans (ou renminbis) la devise chinoise. Mercredi à Zurich, Christian Katz, le directeur de SIX Swiss Exchange, a fait sonner la cloche typiquement helvétique pour marquer le coup d’envoi de la cotation d’un fonds indiciel (ETF) en actions chinoises de classe A, émis par les gérants d’actifs londonien Source et hong­kongais CSOP. Ce fonds permet d’investir dans des actions de type A de sociétés négociées sur les bourses chinoises en monnaie locale, réservées aux Chinois résidents. Elles diffèrent des actions B libellées en dollars ou en dollars hongkongais, tout comme des actions H, aussi émises par des sociétés chinoises, mais qui sont directement cotées à Hongkong.

La manifestation, qui a réuni des spécialistes des fonds de placement, des experts de l’Asie et des représentants des associations bancaires, est une illustration supplémentaire de la stratégie visant à faire de la Suisse un hub pour le négoce du renminbi sur le Vieux Continent. Après la conclusion d’un accord de libre-échange avec la Chine l’été dernier, l’Association suisse des banquiers (ASB) a réaffirmé maintes fois cet objectif.

Toutefois, Londres et Francfort, ont pris une longueur d’avance sur la Suisse. La Banque d’Angleterre (BoE) et la Banque populaire de Chine (PBOC) ont conclu un accord en vue de l’établissement d’une chambre de compensation (clearing) pour le yuan à Londres. Deux jours plus tard, Deutsche Börse leur a emboîté le pas en signant un accord préliminaire avec la Bank of China (BoC). Sans oublier le Luxembourg, très offensif pour proposer des échanges directs entre l’euro et la monnaie chinoise. Deux grandes banques chinoises, Industrial and Commercial Bank of China (ICBC) et BoC, sont établies dans le Grand-Duché. Rien de tel en Suisse qui ne compte encore aucun établissement chinois sur son sol.

La Suisse a-t-elle toujours une chance de se profiler comme hub européen pour le renminbi? Heinrich Siegmann, directeur des affaires asiatiques au sein de l’Association suisse des banquiers, a réaffirmé les atouts de notre pays pour participer au processus d’internationalisation du yuan-renminbi. «Les relations entre la Chine et la Suisse n’ont jamais été aussi bonnes qu’actuellement», a-t-il souligné mercredi. Les deux pays doivent toutefois encore approfondir leurs relations dans le domaine financier. Une rencontre dans ce but est prévue l’été prochain, a-t-il précisé. Thomas Ulrich, président de l’Association des banques zurichoises, a estimé que la cotation en Suisse d’un ETF dédié aux actions chinoises de classe A constitue un pas important dans ce sens.

Paradoxalement, l’offensive de charme menée par les représentants de la place financière intervient alors que l’appréciation de la devise chinoise a connu un coup d’arrêt face au dollar. Après s’être continuellement apprécié vis-à-vis du billet vert depuis quatre ans, le yuan a connu une brusque inversion de tendance en février et mars. La devise, qui s’échangeait à un plus bas de 6,04 yuans par dollar à la mi-janvier, s’est depuis dépréciée à plus de 6,22 yuans fin mars. Elle a ensuite évolué aux environs de 6,2 yuans par dollar.

Selon les experts en devises, l’inversion de tendance observée au premier trimestre ne résulte pas d’une volonté de la banque centrale chinoise de laisser le yuan se déprécier pour soutenir les exportations. Elle vise plutôt à contrecarrer les spéculations des investisseurs pariant sur une appréciation continuelle du yuan face au dollar. AllianceBernstein évoque un «mouvement tactique» de la banque centrale visant à éliminer les positions grandissantes sur le marché qui parient sur une «appréciation à sens unique» du renminbi – non pas d’un changement de cap fondamental de la politique monétaire chinoise.

Responsable du marché des devises chez Credit Suisse, Marcus Hettinger juge aussi qu’il s’agit d’une «pause dans le mouvement d’appréciation» du yuan, induite par l’élargissement de la bande de fluctuation du yuan de 1 à 2% à la mi-mars ainsi que par des données plus faibles de l’économie chinoise. Le spécialise ne prévoit pas un affaiblissement plus marqué. «Le yuan continue d’être contrôlé. Compte tenu de l’excédent de la balance commerciale et de l’augmentation des réserves de devises détenues par la banque centrale chinoise, la pression allant dans le sens d’une appréciation à long terme du yuan se poursuivra», prévoit-t-il. Credit Suisse anticipe un cours de 6 yuans par dollar d’ici à 12 mois, contre un objectif précédent à 5,95 yuans.

Les investisseurs parient presque unanimement sur une appréciation de la devise chinoise à long terme. La question de savoir si la Suisse jouera ou non un rôle de premier plan pour participer à l’internationalisation de la devise chinoise reste, elle, davantage ouverte.

La pression allant dans le sens d’une appréciation du yuan se poursuivra, anticipe Credit Suisse

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