Il fallait que l'heure soit grave pour que les plus hautes autorités japonaises endossent le costume de pompier. Le gouverneur de la Banque du Japon et le premier ministre, Junichiro Koizumi, ont tour à tour tenté mercredi d'apaiser le désarroi des investisseurs en affirmant que «l'économie restait solide».

L'onde de choc engendrée mardi par la brutale disgrâce de Livedoor, empire de l'Internet nippon, et de son flamboyant patron Takafumi Horie, s'est en effet prolongée mercredi. En plus des soupçons de diffusion de fausses informations qui pèsent sur elle depuis lundi soir (LT 18.01.2006), la société aurait manipulé sa comptabilité dans le but d'exhiber des bénéfices plutôt qu'une perte en 2004, selon la presse locale. Après un plongeon de 14% mardi, ses actions ont touché hier les limites de fluctuation autorisées par la Tokyo Stock Exchange (TSE) sans pouvoir s'échanger.

Les déboires de ce champion dorénavant déchu de la Nouvelle Economie sur l'Archipel, ont continué de faire tressaillir tout Kabuto Cho. Le TSE a décrété une interruption des cotations 20 minutes avant l'heure de clôture officielle (15h00, heure locale) afin d'éviter la saturation de son système de transactions alors que le seuil des 4 millions d'opérations venait d'être franchi. «Le scandale Livedoor a déclenché un mouvement de panique chez les investisseurs particuliers qui ont multiplié les ordres de petite taille», explique Makiko Zuercher, gérante chez Clariden. «Et dans l'après midi, les mises en garde du TSE sur la possibilité d'une fermeture prématurée ont inquiété l'ensemble du marché».

Après avoir cédé 2,84% mardi, l'indice Nikkei s'est de nouveau affaissé de 2,94% hier frôlant au passage les 5% de chute. Trois cents milliards de dollars de capitalisation boursière se sont envolés depuis le début de semaine, selon Bloomberg. Sur Mothers, le marché des valeurs de croissance dont Livedoor était la plus importante, la débandade a pris la tournure d'un krach. Une seule des 137 sociétés de l'indice s'affichait hier à la hausse. En deux jours, il s'est effondré de 22%, annihilant 75% des gains accumulés pendant son envolée frénétique de la fin 2005. «Je ne serais pas étonnée qu'il perde encore 20%», avance Makiko Zuercher.

Pour autant, cet affolement généralisé est totalement déconnecté des fondamentaux de l'ensemble de la cote, estime la spécialiste. Il constitue de ce fait «une excellente opportunité d'achat». Aussi grave que puisse être «l'affaire» Livedoor, elle ne devrait pas remettre en cause «la sortie de l'économie de la déflation, ou la compétitivité des entreprises japonaises. Deux facteurs de soutien pour les actions», avance Nomura. «Si les règles de marché devenaient plus transparentes à la suite de cet événement, on peut même envisager un effet bénéfique pour le marché à long terme», renchérit la maison de courtage.

En attendant, ces péripéties jettent à nouveau le discrédit sur le TSE. Il a déjà connu de sérieux dysfonctionnements ces derniers mois qui se sont soldés par la démission de son président en décembre. Mercredi, le TSE a annoncé que les séances de l'après-midi ne débuteraient qu'à 13h00, avec une demi-heure de retard jusqu'à nouvel avis. De plus, il suspendra les transactions chaque fois qu'elles frôleront la barre des 4 millions. Ses défaillances ne font pas que des victimes: NTT Data a bondi de 6%. «Le TSE s'est engagé à investir pour augmenter ses capacités. Il finira bien par se normaliser», selon un spécialiste. Le géant japonais des télécommunications pourrait être l'un des premiers à en profiter.