Haro sur le Nikkei! Depuis que la Bourse de Tokyo a commencé à décrocher très fortement, l'indice japonais est dans le collimateur des analystes. Elaborée par le quotidien financier du même nom – le très influent Nihon Keizai Shimbun –, la composition du Nikkei a en effet été modifiée l'an dernier, et surpondérée alors en valeurs technologiques. Chaque secousse brutale du Nasdaq américain entraîne donc à Tokyo des convulsions plus importantes que sur les autres places financières mondiales. Pour éviter toute interprétation erronée, les scrutateurs du Kabuto-cho (le quartier de la Bourse à Tokyo) tablent d'ailleurs maintenant davantage sur l'indice Topix, qui regroupe les titres de la première section de la Bourse. Bien qu'en baisse prononcée, le Topix est toujours supérieur à son niveau d'octobre 1998, alors que le Nikkei a perdu 40% de sa valeur en un an et se trouve au plus bas depuis seize ans.

Cette correction technique ne suffit pas, néanmoins, à expliquer la descente aux enfers du marché boursier japonais. Celle-ci est beaucoup plus structurelle. Et donc beaucoup plus inquiétante. Ses principales raisons sont dans l'ordre: le retour à la stagnation de l'économie nipponne après un début de reprise en 2000, les préoccupations liées au ralentissement américain et l'impasse politique dans laquelle semble englué l'Archipel tant que ne sera pas réglée la succession du très impopulaire premier ministre Yoshiro Mori. Aussi erratique soit-elle, la Bourse de Tokyo est le baromètre d'une impasse économique et des pannes en série que doit affronter l'Archipel. Panne du secteur bancaire, écrasé sous le poids des créances douteuses héritées de la bulle spéculative et immobilière des années 80. Panne des petites et moyennes entreprises, asphyxiées par le ralentissement de la consommation et la stagnation du marché immobilier. Quasi-panne budgétaire, vu l'ampleur de la dette publique nipponne, supérieure à 125% du produit intérieur brut.

Autorités démunies

Le pessimisme ambiant qui prévaut sur les marchés financiers japonais provient aussi de sa nature très institutionnelle. Contrairement aux Etats-Unis, où les petits épargnants ont acheté en masse des actions ces dernières années, les ménages nippons se tiennent à l'écart de la Bourse. Celle-ci est dominée par les banques et les firmes de courtage chargées de gérer les fonds de pension d'une part, et par les investisseurs étrangers d'autre part. Ses hauts et ses bas ont donc moins de conséquences sur le portefeuille de la population. Mais la prudence de mise chez les opérateurs nippons et leur prédilection pour quelques valeurs refuges – comme Toyota – concourt à accroître une dépression face à laquelle les autorités japonaises semblent aujourd'hui démunies.