C'est reparti… à la baisse. Mardi, l'indice Nikkei de la Bourse de Tokyo a de nouveau flirté avec le seuil fatidique des 13 000 points. Le Nikkei a clôturé à 13 059,86 points exactement, soit son niveau le plus bas depuis vingt-huit mois. Il y a quelques semaines, une chute similaire avait relancé les spéculations sur une nouvelle vague de faillites et un nouveau séisme financier dans l'Archipel. Cette nouvelle descente aux enfers du Kabuto-cho, le quartier de la Bourse à Tokyo, va donc donner du grain à moudre aux pessimistes, de loin les plus nombreux dans les sphères financières de la capitale nippone.

«L'horizon est plus que sombre» confirme Kazumasa Niimi, du «Japan Research Institute». «Si le Nikkei est un baromètre de la confiance des investisseurs, il y a matière à s'inquiéter.»

Aussi spectaculaire soit elle, cette chute de l'indice boursier japonais n'est pas surprenante. Tous les chiffres récents démontrent que la deuxième puissance économique mondiale est entrée dans une nouvelle phase de stagnation, même si les restructurations industrielles et financières progressent. Le climat politique est lui aussi paralysé en raison de la démission attendue du premier ministre Yoshiro Mori. Celui-ci a vu hier sa cote de popularité tomber… à 8,6%, un record quasi absolu depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ses alliés de la coalition au pouvoir réclament son départ et seul le vote du budget, prévu entre le 2 et le 13 mars, lui permet de bénéficier d'un sursis. A quelques jours de la fin de l'année fiscale japonaise le 31 mars, l'administration ne veut pas prendre le risque d'un blocage. La chute du Nikkei suit aussi de peu la révision à la baisse, par l'agence de notation «Standard's and poors» de la note de la dette en yens et en devises à long terme du Japon.

Plaidoyer pour une accélération des réformes

L'Aarchipel est maintenant noté AA +et non AAA comme auparavant, malgré ses importantes réserves de change et sa position de premier créancier mondial. Cette baisse a ému les milieux d'affaires de Tokyo, très attentifs à l'image internationale du pays du Soleil-Levant. Au sein du Keidanren, le patronat nippon, les grandes entreprises telles Sony, Matsushita, Toyota, etc. plaident pour une accélération des réformes et des restructurations. Mais là aussi, le brouillard prévaut. Dans le secteur bancaire par exemple, une série de fusions ont été annoncées l'an dernier. Elles doivent aboutir à l'émergence de quatre grands groupes. Mais ces regroupements vont s'étaler sur trois ou quatre ans. «Ce qui bouge dans le bon sens va trop lentement pour être remarqué» déplore un analyste français de Tokyo.

Ces nouveaux spasmes de la Bourse, qui résultent de prises de bénéfices massives des investisseurs étrangers, pourraient néanmoins avoir une vertu en obligeant la classe politique et l'administration nippone à réagir. La banque centrale est à nouveau pressée d'injecter des liquidités dans l'économie. La coalition majoritaire est priée d'abandonner au plus vite ce «fardeau» qu'est Yoshiro Mori. L'épée de Damoclès du Nikkei pourrait bien faire plus mal qu'il n'y paraît.