L’euphorie d’avant la crise n’est plus de rigueur. D’ailleurs, on se demande au cœur de la bourse de Varsovie, un bâtiment quasi désert, accolé à l’ancien QG du parti communiste polonais, comment l’effervescence a pu la gagner à d’autres occasions. La statue de taureau, pour représenter, comme à Wall Street, les investisseurs optimistes, apparaît bien seule au milieu de l’immense hall d’entrée inanimé. L’animal, lui-même, réalisé par un artiste local, est décharné au point que les employés l’ont surnommé le «taureau maigrichon».

Alors que la bourse de Varsovie se distinguait par le dynamisme de ses entrées en bourse il y a encore trois ans, le rythme s’est largement atténué. En nombre, la place reste l’une des plus active du continent. Mais, «c’est vrai, c’est très visible, les grandes IPO d’entreprises d’Etat ont diminué. Il y a une limite naturelle à ce processus et nous nous en rapprochons», reconnaît Maciej Wewior, conseiller du directeur général du Warsaw Stock Exchange, rencontré il y a quelques jours dans le centre financier de la capitale polonaise. Le ministre du Trésor, Włodzimierz Karpiński, l’a d’ailleurs souligné récemment: le pipeline des entrées en bourse d’entreprises publiques est vide. Son indice principal, le WIG20, représentant les vingt valeurs vedette de la bourse, essentiellement des banques et des entreprises actives dans l’énergie, reste en outre toujours 37% en dessous de son pic de 2007 (lire également ci-contre).

«Nous devons désormais nous concentrer davantage sur les petites et moyennes sociétés privées. Elles ont un intérêt à se tourner vers les marchés actions pour se financer, car les investisseurs sont plus courageux que les banquiers pour miser sur des nouvelles entreprises», poursuit Maciej Wewior, déambulant dans les couloirs calmes de l’immeuble, alors que la cloche a sonné il y a quelques minutes, mettant fin aux échanges pour la journée. Le responsable pointe les diverses salles de séminaires, occupées pour des présentations. «Nous organisons aussi des réunions d’informations pour les étudiants, les investisseurs et même les politiciens, pour qu’ils comprennent le rôle des marchés financiers», précise-t-il.

Des ambitions «mondiales»

De fait, la bourse de Varsovie compte de nombreuses petites entités. Elle a également développé un indice qui réunit des start-up cotées pour augmenter son attrait auprès des petites structures spécialisées dans les biotechnologies ou la technologie à la recherche de financement. «Nous ne sommes pas comme Francfort ou Londres, qui attirent les plus grandes entreprises», admet le conseiller.

Maciej Wewior poursuit: «Les plus petites sociétés auront davantage de visibilité à Varsovie et une meilleure couverture des analystes et c’est notre niche.»

Peu importe par ailleurs qu’elles soient toutes polonaises. La bourse de Varsovie lorgne l’Europe et… le monde. Sur presque 900 entreprises cotées, 58 sont étrangères dont 11 Ukrainiennes – qui ont leur propre indice sur la plateforme. D’autres pays, comme la Chine, la France les Etats-Unis, l’Italie, la Grande-Bretagne et même la Suisse (Orphee) sont représentées. «Nous discutons avec des sociétés issues principalement de notre région, Europe de l’Ouest et de l’Asie», avance Maciej Wewior. Il juge que la localisation de la Pologne, membre de l’Union européenne peut aider une entreprise d’Extrême Orient qui s’intéresse aux marchés européens.

Six fois plus petite que SIX

La bourse et ses quelque 200 employés préparent en outre en ce moment un rapprochement avec la bourse de Vienne. Le dossier, ouvert il y a quelques années, puis refermé, est à nouveau sur la table. Maciej Wewior ne veut pas s’aventurer à donner de date, ni à dire qui prendra les commandes de l’entreprise si elle fusionne. Varsovie compte une capitalisation de 152 milliards d’euros (185 milliards de francs), contre 130 milliards à Vienne et un chiffre d’affaires d’environ 30% plus élevé. Par comparaison, la bourse suisse compte une capitalisation totale de 973 milliards de francs si l’on prend l’indice SPI du marché élargi. Soit six fois plus.

Et ils voient bien au-delà de l’Autriche: «Nous cherchons des opportunités partout dans le monde. Le meilleur exemple reste notre acquisition de 30% d’Aquis Exchange, basé à Londres», argumente-t-il, à propos de cette plateforme de trading indépendante. Avant d’ajouter: «Il existe des opportunités de partenariats en Afrique, en Asie, proche de la mer Baltique», assure-t-il, entrant dans la salle des marchés où les écrans montrent la performance de l’indice WIG20 (-0,98%). A côté, une télévision locale prépare son bulletin des faits notables de cette journée en demi-teinte.

La bourse de Varsovie discute également avec ses autorités pour trouver des motivations pour les différents acteurs. «Des déductions d’impôt pour les investisseurs de long terme et les entreprises réfléchissants à une cotation pourraient aider», explique Maciej Wewior. Car les Polonais sont des boursicoteurs bien plus actifs qu’ailleurs. Le conseiller prend l’exemple du Brésil: sur une population de 200 millions d’habitants, seuls 500 000 comptes ont été ouverts pour que des parti­culiers puissent investir en bourse. Des 38 millions de Polonais, 1,5 million se sont lancés.