Au troisième jour de turbulences boursières, les réactions paraissent contrastées entre les différents marchés. Si l'Europe et l'Amérique du Nord présentent des profils assez homogènes - hausse en première moitié de séance, baisse l'après-midi pour terminer sur une note légèrement baissière -, les corbeilles asiatiques montrent des situations beaucoup plus différenciées. Ainsi, la Bourse de Manille aux Philippines s'est distinguée en affichant une progression de 4% à 3190 points jeudi. Celle d'Ho-Chi-Minh-Ville au Vietnam a atteint mercredi son record historique, à 1165 points, avant de décrocher jeudi, deux jours après les autres. Celle de Bangkok a traversé la crise comme si elle n'existait pas.

Ces écarts entre les indices des marchés de la région mettent en lumière le caractère encore fortement disparate et peu internationalisé de la plupart des places boursières. Hormis Hongkong, Singapour et naturellement Tokyo, la plupart des places asiatiques traitent de sociétés essentiellement indigènes drainant des investissements en bonne partie locaux. Si la part des investisseurs étrangers, notamment les fonds spécialisés dans les actions émergentes, peut s'avérer importante au niveau de chaque marché, la proportion de chacun d'eux dans les portefeuilles des professionnels internationaux demeure réduite. Ces marchés sont par ailleurs encore modestes en volumes. La capitalisation de la Bourse de Ho-Chi-Minh-Ville s'élève ainsi à 15 milliards de dollars, soit celle d'une grosse société cotée en Bourse suisse.

Hausse de 190% en un an

La modestie de leur taille ne les empêche pas d'afficher des progressions alléchantes. Avec sa performance de jeudi, Manille a affiché le rebond de loin le plus important de toutes les places emportées par la tourmente. Ce succès doit cependant être relativisé par le plongeon qu'elle a subi la veille, de 7,5%. Elle n'a donc pas encore rattrapé son retard même si elle a pris la bonne voie pour le faire. Ho-Chi-Minh-Ville, pour sa part, a enregistré une progression de 55% depuis le début de l'année et de 190% en un an. Même si l'économie vietnamienne croît au rythme de ses voisins, l'explosion de son indice majeur est difficile à justifier en l'absence de ratios comme le rapport prix/bénéfice.

La Bourse de Bangkok détonnepar son calme. En milieu de semaine, alors que tous les indices plongeaient, elle s'est offert le luxe d'une hausse de 3,5%, à 680 points. Cette tendance à rebours des autres marchés est à relativiser. La place avait atteint son record de l'année au début du mois à près de 700 points avant de baisser graduellement en deux temps. Et, surtout, elle tente encore de se remettre de la chute vertigineuse de 15% subie à la mi-décembre à la suite de l'annonce par le gouvernement militaire d'une réintroduction du contrôle des changes.