Les Bourses plient, sans rompre. Pour l'instant. Pourtant, tous les ingrédients semblaient en place pour qu'une vague de baisse n'entraîne les marchés actions dans la tourmente: panique à Tokyo en début de semaine, plongeon de titres emblématiques en Europe et aux Etats-Unis suite à des résultats jugés décevans par les analystes (Yahoo!, Intel, Logitech). Mais les investisseurs ont enfilé leur gilet «pare-baisse». Résultat, les principaux indices n'ont pas trop souffert des (fortes) turbulences observées lors des dernières séances.

Mieux, le S & P américain et le SMI progressent encore d'environ 1,5% depuis le début de l'année. Malgré la baisse de plus de 3% des poids lourds General Electric et Citigroup survenue vendredi. «Il y a un intérêt pour les actions dans leur ensemble», observe un gérant genevois de portefeuilles. Un phénomène qui explique que les décrochages de Yahoo! ou Intel n'aient pas fait davantage chuter les indices. «Il s'agit d'accidents passagers et limités», continue-t-il. Cela n'a pas toujours été le cas. «Fin septembre, les marchés ont reculé pendant près d'un mois, relate le financier. Cela indépendamment de fondamentaux économiques et de valorisations qui restaient intéressants.» En fait, les investisseurs doutaient et anticipaient un ralentissement économique mondial.

La situation n'est plus la même aujourd'hui. Le moral semble au beau fixe. Pour la première fois depuis des années, la croissance devrait être au rendez-vous dans les trois principales zones géographiques. «Les perspectives s'améliorent notablement au Japon et en Europe, confie le gérant. De plus, bien qu'elle ralentisse, la croissance américaine devrait avoisiner 3% en 2006 (ndlr: 4,5% en 2004 et 3,5% en 2005).» Dès lors, le spécialiste demeure très positif sur les actions qui «devraient grimper des deux côtés de l'Atlantique de 10% en moyenne cette année».

Cet argumentaire paraît dominer. «Tout recul des marchés actions devrait être de courte durée, et offrirait certainement de bonnes opportunités d'achats», souligne Bob Doll, responsable de l'investissement chez Merrill Lynch, dans une note aux investisseurs. Ce dernier envisage la croissance mondiale avec optimisme: «Les exportations américaines ont progressé de presque 2% en novembre, selon les chiffres publiés la semaine dernière… un signe que l'économie mondiale s'améliore.»

Bob Doll ne craint pas le ralentissement attendu aux Etats-Unis, sur fond de consommateurs américains endettés se serrant la ceinture: «Un recul des dépenses des ménages contribuera à mettre fin au cycle de hausse de taux de la Réserve fédérale.» Les actions gagneraient alors en attractivité.

Cela étant, les résultats des sociétés publiés ces derniers jours pour le dernier trimestre 2005 ne cassent pas la baraque. «Contrairement aux trimestres précédents, il n'y a pas de surprises positives en termes de bénéfices, comme avaient pu le produire les financières», s'inquiète Christian Courtin, stratège actions du gérant alternatif T & T Advisers à Genève. Selon lui, les titres finiront par corriger. Une correction dont le déclencheur pourrait être le prix du pétrole, sur le point d'atteindre un nouveau sommet.