La bourse de Shanghai a dévissé de quasiment 6% mercredi en clôture, dans un climat de panique générale en dépit de nouvelles mesures d’urgence des autorités et de la suspension des échanges sur quelque 1.300 titres des marchés chinois.

L’indice composite shanghaïen a terminé sur un plongeon de 5,90%, à 3.507,19 points. Il a lâché jusqu’à 8,20% en séance après une chute libre à l’ouverture.

La bourse de Shenzhen a un peu mieux résisté, ne reculant que de 2,50% à 1.884,45 points.

- Pourquoi le marché a-t-il grimpé ?

Les Bourses chinoises ont commencé à monter fin 2014 alors que la Chine enregistrait sur l’ensemble de l’année sa plus faible croissance depuis 24 ans.

La reprise a été alimentée par la décision de la banque centrale chinoise le 21 novembre 2014, pour la première fois depuis trois ans, de baisser ses taux d’intérêt directeurs, et, parallèlement, par le lancement d’une plate-forme d’interconnexion boursière permettant aux investisseurs internationaux d’accéder directement, via Hong Kong, à des titres cotés à Shanghai et aux Chinois d’acheter des actions cotées à Hong Kong.

L’embellie s’est poursuivie en 2015, l’indice composite shanghaïen passant au-dessus du seuil symbolique des 5.000 points début juin, dopé par le succès des opérations sur marge (opérations dans lesquelles un investisseur emprunte à une maison de courtage pour acheter des actions), un système qui permet de générer davantage de profits mais aussi davantage de pertes. Quand l’indice a atteint un pic le 12 juin, il avait grimpé de plus de 150% au cours des 12 derniers mois.

- Pourquoi a-t-il chuté ?

Le jour même où le marché atteignait son apogée, le régulateur des Bourses chinoises, la Commission chinoise de régulation des marchés financiers (CSRC), annonçait son intention de limiter la pratique des opérations sur marge pour les particuliers qui investissent en Bourse. Le jour suivant, elle interdisait également les transactions avec des fonds empruntés hors du système de ces opérations sur marge.

Lorsque les marchés ont rouvert, les investisseurs, inquiétés par ces restrictions, ont commencé à se désengager, et le mouvement est devenu incontrôlable, résultant en un plongeon de plus de 30% de la Bourse de Shanghai en trois semaines. La débâcle s’est accrue lorsque les investisseurs ayant effectué des opérations sur marge ont été contraints de liquider leurs actions pour effectuer des paiements.

- Qu’a-t-il été fait pour soutenir le marché ?

L’indice shanghaïen a plongé de 7,4% le 26 juin, et le jour suivant, la banque centrale chinoise a annoncé qu’elle abaissait ses principaux taux d’intérêt et réduisait le ratio de réserves obligatoires des banques.

La CSRC a également décidé d’un assouplissement des règles restreignant les opérations sur marge ainsi qu’une réduction des frais de transaction boursière.

Peu de temps après, le gouvernement annonçait aussi un projet d’introduction en Bourse de fonds de pension, d’importants investisseurs institutionnels dont les achats de titres sur le marché devaient permettre de soutenir les cours.

Afin d’enrayer la dégringolade, la CSRC a également réduit le nombre et l’ampleur des nouvelles introductions en Bourse, puis est allée encore plus loin en les stoppant pour le moment.

La Banque centrale chinoise a annoncé qu’elle allait fournir des liquidités à la China Securities Finance Corp, une société publique de financement d’opérations sur marges, afin de «protéger la stabilité du marché actions», tandis que les 21 plus grosses maison de courtage ont indiqué qu’elles allaient investir au moins 120 milliards de yuans (19,3 milliards de dollars) dans des actions.

- Que va-t-il se passer maintenant ?

Personne ne le sait réellement et le marché demeure très volatil. Les investisseurs obligés de vendre pourraient faire baisser encore les prix, ou des chasseurs de bonnes affaires pourraient saisir l’opportunité pour acheter.

«La confiance des investisseurs envers les marchés étant brisée, il est très difficile de dire quand le marché va se stabiliser et se remettre de sa récente chute», indique à l’AFP Zhang Qi, analyste chez Haitong Securities. Il estime que l’indice composite shanghaïen pourrait rebondir aux alentours des 4000 points au cours du mois prochain.

- Quelles sont les possibles conséquences ?

Certains analystes estiment que la chute du marché boursier peut nuire à l’économie chinoise, la deuxième économie mondiale, et pourrait entraîner des troubles sociaux bien que l’Etat, avec un système de parti unique, ait la mainmise sur l’opposition.

Serlon certaines estimations, l’envolée de la Bourse a contribué à hauteur d’un demi-point de pourcentage à la croissance économique chinoise au premier trimestre, mais une correction pourrait avoir un impact bien plus grand.

«L’affaissement du marché boursier a soulevé les inquiétudes de risques systémiques», a indiqué ANZ Banking Group.