Les experts sont au moins d'accord sur une chose: le spectre inflationniste ne semble pas ronger d'inquiétude les leaders européens, en tout cas pas pour l'instant. Suite aux commentaires mardi à Francfort du président de la Bundesbank, Hans Tietmeyer, selon lequel «il n'y a aucune inquiétude» à avoir sur l'inflation à présent, les Bourses européennes se sont reprises pour la première fois depuis huit jours, menées par les valeurs financières. Car si l'inflation reste basse, les craintes d'un resserrement des taux d'intérêt deviennent moindres. Ce qui est positif pour les banques et les assurances, qui continuent de bénéficier d'un taux d'intérêt bon marché sur leurs emprunts. Autre facteur soulevé par certains économistes: l'impact de la déflation importée sera limité par la réappréciation actuelle de l'euro face au dollar, si elle se confirme dans la durée. La devise s'est reprise à 1,0632 dollar mardi après être tombée à 1,0617 dans la journée, pénalisée par les commentaires du président de la Bundesbank, Ernst Welteke, selon lequel un euro «trop fort» serait néfaste aux exportations européennes.

La réunion de la Banque centrale européenne (BCE), la dernière avant la pause estivale, aura lieu jeudi. En vue des bonnes perspectives sur la conjoncture et de l'inflation sous contrôle en Europe, certains experts tablent sur un taux d'intérêt principal à court terme inchangé à 2,50%, jusqu'à la prochaine réunion des banquiers centraux européens le 26 août.

Dans ce contexte optimiste, l'avenir des Bourses européennes s'annonce sous d'heureux auspices. Ce qui sera probablement le cas dans un horizon à douze mois, comme le pense Frédéric Girod, analyste à la Banque Edouard Constant. Mais pas nécessairement dans le court terme. L'analyste, qui n'exclut pas des mois d'août et septembre «difficiles, sans nécessairement de véritable direction», reste prudent. Car la croissance de l'économie américaine continue d'être forte, et le spectre d'une hausse des taux américains pèse sur les actions. Les marchés attendent fébrilement l'intervention du président de la Réserve fédérale, Alan Greenspan, devant la commission bancaire du Sénat aujourd'hui.

La reprise des Bourses européennes n'était-elle donc qu'un simple rebond technique? Probablement. Ces dernières ont toutes clôturé la séance de mardi en hausse mis à part l'Ibex (l'indice de la Bourse de Madrid) en baisse de 1,05% à 9583,40 points. Les meilleures performances ont été enregistrées par le FTSE à Londres (+1,50% à 6261,90 points) et le Swiss Market Index (+1,32% à 6817,90 points).

Les marchés obligataires européens sont restés fermes, soutenus par la vigueur retrouvée de l'euro, mais dans l'attente de nouvelles indications sur la santé économique du continent. Le taux allemand à 10 ans s'établissait à 4,676% en milieu d'après-midi contre 4,671% lundi soir. «Nous avons eu d'importants mouvements sur les taux courts et longs en Europe ces derniers temps, liés à la reprise économique», note Sandro Croce, analyste obligataire à la Banque Edouard Constant. Ce dernier trouve d'ailleurs exagérée la correction que la partie courte des taux obligataires (2 à 5 ans) a déjà subie, en anticipation de la hausse des taux. Car si l'activité en Europe a l'air de se reprendre, les signes sont encore faibles et le niveau d'inflation bas. Etant donné ces perspectives, les obligations européennes à court terme devraient encore avoir de la valeur.