Le feu couvait depuis plusieurs jours mais l’incendie s’est déclenché à Wall Street, qui a subitement décroché dans l’après-midi, allant jusqu’à perdre plus de 2% et provoquant une débâcle en Europe.

La Bourse de Paris a concédé 3,63% en clôture, Francfort 2,87%, Londres 2,83% et Milan 4,44%. Athènes s’est effondré de 6,25%.

La Bourse suisse glisse

La Bourse suisse a plongé mercredi à l’instar des autres places européennes, après la publication d’indicateurs américains jugés décevants. Ces mauvaises nouvelles viennent s’ajouter aux craintes pesant déjà sur la conjoncture en zone euro.

L’indice vedette SMI a glissé sous la barre des 8100 points dans l’après-midi, avant de reprendre quelques couleurs en fin de séance. Il a clôturé en baisse de 2,32% à 8144,88 points.

Indicateurs négatifs

Trois indicateurs ont été publiés mercredi outre-Atlantique et tous les trois ont été mauvais: les ventes de détail ont marqué en septembre leur premier recul depuis janvier, l’activité industrielle a fortement ralenti dans la région de New York et les stocks des entreprises ont progressé.

L’économie américaine semble s’inscrire sur «une trajectoire de croissance modeste», a commenté Steven Ricchiuto de Mizuho Securities. Problème: l’économie américaine est le moteur de l’économie mondiale, dont la montée en régime permettait de compenser un peu les ratés en Europe.

Depuis le début du mois, les Bourses reculaient à mesure que grossissaient les doutes sur la zone euro, engluée entre stagnation et déflation. De mauvais indicateurs allemands ont alimenté la spirale négative, le roc allemand apparaissant fissuré.

Les marchés «attendent plus de la part de l’Europe» confrontée à «la baisse de la croissance, la baisse de l’inflation et le ralentissement récent de l’Allemagne», a commenté Alexandre Baradez, analyste chez IG France. «Cela ne va pas bien, notamment en Europe, mais essentiellement parce que les marchés ne savent pas où on va», selon M. Dembik.

Les investisseurs, fuyant les marchés actions, se sont rués sur certains des actifs les plus sûrs du monde, les obligations à 10 ans américaines, allemandes, et dans une moindre mesure, françaises qui ont vu leur rendement --qui évolue en sens inverse de la demande -- casser des planchers.

A contrario, les titres des pays périphériques et fragiles ont été délaissés, entraînant de fortes hausses des rendements pour la Grèce, l’Espagne ou l’Italie.

Banques centrales en rempart

Classiquement, l’or, traditionnelle valeur refuge, montait nettement à 1244 dollars l’once.

Mais la retraite reste pour l’instant à peu près ordonnée, les grandes banques centrales, Réserve fédérale américaine et Banque centrale européenne, ayant tout fait jusqu’ici pour soutenir leurs économies.

«Un krach ne pourrait intervenir que si les banques centrales, comme la Fed et la BCE, brouillent du jour au lendemain les signaux», relève M. Dembik.

Mais au delà du phénomène de baisse, les performances des marchés traduisent avant tout le sentiment général que l’économie mondiale est fragile, comme l’a souligné la semaine dernière le Fonds monétaire international en révisant à la baisse ses prévisions de croissance, et que les risques sont nombreux, comme l’épidémie Ebola par exemple.

La baisse des marchés touche également les matières premières.

Le pétrole continuait de reculer mercredi, après avoir même perdu près de 4 dollars en une seule séance la veille, lesté par des prévisions sur l’économie mondiale, puisque l’Agence internationale de l’énergie a revu à la baisse sa prévision de demande de brut, baromètre de l’activité économique.

«La révision à la baisse des perspectives de croissance de consommation de pétrole pour 2014 et 2015 par l’AIE mardi était bien plus forte que prévu», a relevé Matt Smith, de Schneider Electric.

De même, les matières premières, dont la consommation (et donc le prix) évolue en lien étroit avec la production industrielle des grands pays, sont aussi sur une tendance à la baisse marquée depuis plusieurs semaines.

Enfin, un vent mauvais pourrait souffler de l’Est: l’inflation en Chine a nettement ralenti en septembre, à son plus bas niveau depuis près de cinq ans.

Cela peut venir renforcer les craintes de tensions déflationnistes sur fond de conjoncture morose dans la deuxième économie mondiale, qui doit publier ses chiffres de la croissance mardi.