«Il y a un flux constant de données laissant apparaître une plus grande faiblesse de l'économie et cela préoccupe le président Bush qui appelle le Congrès à voter son plan de relance économique.» Ce ne sont pas ces mots du porte-parole de la Maison-Blanche qui ont bouleversé les marchés financiers mardi. Reste que cette analyse semble partagée par de plus en plus d'investisseurs.

L'Amérique flanche et, par ricochet, elle fait douter le monde entier. Les marchés boursiers atteignent des niveaux planchers, à l'image de l'indice S & P 500, référence de tous les gestionnaires du monde, qui a perdu 20% par rapport à son niveau le plus élevé. Après que le Nasdaq est passé lundi sous la barre des 2000 points, six des huit principales places européennes ont cédé du terrain mardi pour atteindre des niveaux planchers. A Paris, le CAC 40 touche son plus bas depuis 16 mois, le Dax allemand passe brièvement sous les 6000 points pour la première fois depuis décembre 99 et le Footsie à Londres se retrouve à son niveau d'il y a 27 mois. Quant à Tokyo, le Nikkei continue de mordre la poussière (lire ci-dessous). Le marché suisse résiste bien grâce au fait que des valeurs qui pèsent lourd dans la cote, comme Nestlé ou Novartis, restent appréciées dans un tel contexte.

Du côté des investisseurs, de nouveaux comportements apparaissent. Aux Etats-Unis, ces derniers se tournent de plus en plus vers des placements réputés sûrs. En janvier 8,6 milliards de dollars ont été placés dans les fonds obligataires, soit le montant le plus élevé depuis deux ans. Les produits monétaires retrouvent aussi les faveurs des clients; il en va ainsi des comptes à terme et des bons du trésor à court terme. Mardi, le marché américain se ressaisissait quelque peu avec une chasse aux bonnes affaires qui permettait à certains titres de reprendre des couleurs. Des firmes qui ont perdu beaucoup de leur valeur peuvent séduire à nouveau des investisseurs qui ont un profil «value». Ces derniers recherchent des actions bon marché par rapport aux résultats de l'entreprise dont elles sont issues, une population qui s'oppose à celle des investisseurs «growth», qui ciblent les valeurs capables de générer des profits réguliers.

Les causes du marasme sont connues. Après le krach des valeurs Internet hautement spéculatives, le mouvement s'est propagé. Beaucoup de firmes souffrent du ralentissement de l'activité aux Etats-Unis.

Sociétés télécoms

sur la sellette

Les compagnies actives dans les télécoms et la technologie, déjà travaillées ces derniers mois, se retrouvent une nouvelle fois sur la sellette. John Chambers, le patron de Cisco, a reconnu mardi qu'il ne voyait pas dans un proche avenir les grandes entreprises investir à nouveau dans des infrastructures high-tech. Ericsson a annoncé lundi qu'il publierait pour la première depuis neuf ans un trimestre déficitaire en termes de bénéfices. Mardi, l'américain Motorola et le britannique Cable and Wireless faisaient état respectivement de la suppression de 7000 et 4000 emplois, tandis que l'allemand Siemens a dû baisser de 50 millions ses objectifs de ventes de téléphones portables. Les regards se tournent désormais vers Nokia, qui a la réputation d'avoir une des lectures les plus fines des évolutions du marché. Ses prévisions optimistes pour les prochains résultats pourraient être contredites durant ces prochains jours. De nombreux analystes craignent un profit warning venu d'Helsinki qui pourrait mettre le feu aux poudres.